Quelle(s) interprétation(s) dans la psychose ?

Le 13 janvier 2015, le groupe Emma (Laval) avec le groupe Petit-Jean (Vannes) a invité Christine Maugin, membre de la Commission d’Accueil et d’Orientation du Nouveau Réseau Cereda et modératrice de Diagonal pour un atelier. Cette soirée très vivante fut l’occasion de continuer la préparation vers la troisième Journée de l’Institut de l’Enfant.

Notre invitée a commencé sa conférence intitulée « Le psychanalyste instrument et la psychose » en citant le texte d’orientation de Jacques-Alain Miller « Interpréter l’enfant » : « Ce qui fait la différence de l’analyse avec l’enfant […] L’analyste est moins instrument, il est obligé de prendre des initiatives ». Il mouille sa chemise. L’interprétation a une valeur transformationnelle. C’est le signe que quelque chose s’est passé qui a modifié la position du sujet. C. Maugin a illustré son propos par deux vignettes cliniques extraites de sa pratique en hôpital de jour. Ryan, cinq ans est d’abord collé au corps de la praticienne. Il va agrandir son monde via des battements de portes et en différenciant le bruit de chaque trousseau de clés des praticiens selon ses particularités. Il les nomme peu à peu. Une ébauche d’énonciation s’amorce. Puis, elle a présenté le cas de Kévin dont les passages à l’acte sont nombreux. C’est lors d’un détour inhabituel dans les couloirs – moment où la praticienne est silencieuse – que surgit un signifiant. L’enfant fait part d’hallucination. Nous sommes à la frontière entre jouer « le gardien de la réalité » et manœuvrer l’hallucination. Il ne s’agit pas de délirer avec l’enfant et de donner consistance à cette hallucination mais comme le fait finement C. Maugin de repérer comment l’enfant s’est construit un monde avec ce signifiant, l’a apprivoisé et de se laisser enseigner par cet univers. L’enfant prend appui sur la praticienne et ce dans un effort de traduction en tentant de nommer ce qui lui arrive et de faire dégonfler le signifiant du poids de la jouissance.

Auparavant, deux vignettes cliniques avaient été présentées par chacun des groupes. Fanny Coeffic (Petit-Jean) psychologue dans un CMPP, a parlé de Mathis, six ans, discuté par Virginie Tréhet (Emma). La praticienne a modulé sa présence ce qui a contribué à ce que l’enfant nomme « les bruits ». Il s’intéresse à un objet qu’il branche et débranche. Il traite ainsi la voix à travers différents objets qui produisent des sons qui ne sont pas articulés à un signifiant. Peut-être pourra-t-il donner une origine à un mot et à d’où vient le sens ? Ce travail lui permet aussi de se construire un corps, de devenir un sujet d’énonciation et de nommer chacun des praticiens.

Puis Nina Fruchard (Emma), psychologue en pédopsychiatrie a présenté, Camille, sept ans, vignette discutée par Stévan Le Corre (Petit-Jean). Cet enfant est envahi par l’objet oral et ne cesse de tout dévorer. Une porte sera une première séparation entre lui et l’objet. Alors qu’il a demandé à la praticienne qu’elle rencontre ses parents, les effets en sont délétères. L’enfant se laisse tomber en disant : « Camille est mort ». Lui demander qui dit cela a permis d’instaurer un sujet d’énonciation. L’enfant se relève. Un point de capiton va apparaître ainsi qu’une nomination pour traiter l’objet oral et ce, à travers l’usage de jeux vidéos et d’internet.

La question de l’interprétation dans la psychose au XXIème siècle, met en tension la dimension de la coupure, de la nomination et de l’objet. Si vous voulez en savoir plus, venez le 21 mars à Issy-les-Moulineaux à la troisième Journée de l’Institut de l’Enfant !

Frédérique Bouvet

Adresse du blog de la Journée de l’Institut de l’Enfant : https://jie2015.wordpress.com

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