Colloque psychanalyse et médecine :

Le grand désordre dans les corps

Le bureau de Rennes de l’ACF-VLB est heureux de vous annoncer, le vendredi 13 avril 2018, la tenue d’un colloque psychanalyse et médecine intitulé “Le Grand désordre dans les corps” avec comme invité d’honneur le Pr. François Ansermet. Tables rondes, conversations, présentations, discussions seront au rendez-vous pour proposer une lecture de symptômes contemporains que sont l’anorexie, les demandes de chirurgies esthétiques et les “troubles du genre”.

En espérant vous y trouver nombreux.

David Briard

Pour le bureau de Rennes

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Échos du colloque psychanalyse et médecine :

« Du grand désordre dans les corps »

 

 

 

Du réel, dire quelque chose

Noëmie Jan

Comment dire l’expérience du réel ? Comment nommer ce qui objecte à se dire ? Le titre du colloque proposé par Emmanuelle Borgnis-Desbordes et David Briard : « Le grand désordre dans les corps » est déjà une première nomination, et, sa tenue, une démonstration en acte de ce que le signifiant a de performatif.

Chacun des textes que nous proposons à votre lecture témoigne du réel singulier auquel ont affaire les sujets pris dans les discours contemporains et de l’effort que chacun doit mobiliser pour tenter de cerner l’indicible, d’en tordre sa ligne, de subvertir son inutilité. Patients, médecins, internes, artistes, psychologues, psychanalystes, chez chacun, un trait, un point vif, une surprise, ont été extraits de l’expérience qu’ils ont traversé, par nos collègues qui ont souhaité faire part de l’enseignement qu’ils en ont tiré. Vous verrez, le style est singulier mais un point commun est saillant dans chacun des textes.

Ainsi, Bénédicte Turcato revient sur le réel de l’ordre du corps anorexique. Lucille Cadiou évoque comment « se faire la cause de soi » peut être un traitement de l’impossible à supporter. Charlotte Tazartez débusque la clinique dans l’accompagnement médical du réel du corps. Quentin Dumoulin nous rappelle qu’il s’agit de se laisser surprendre par le réel pour s’en enseigner. Sébastien Borgogno souligne l’invitation au désordre – proposé par François Ansermet – dans l’ordre. Enfin, Wendy Vives Leiva épingle le réel de l’étrangeté du corps et son traitement par la performeuse Phia Ménard.

Ce colloque, premier du genre, a renvoyé chacun et sa discipline à ce qu’il rencontre de commun : le réel. Le médecin, le psychanalyste, tous deux ont comme point commun d’accueillir et d’accompagner au traitement du réel, chacun avec son « référentiel ». Mais, le réel devance toujours la référence et sa signification. Et, la science moderne, les discours contemporains créent toujours de nouvelles « disjonctions »[1] : entre le corps et ses organes, entre le genre et la sexuation, entre la sexualité et la procréation etc. Le réel bouscule, rend caduque nos « référentiels », nous rappelait David Briard, ce qui nous conduit à devoir inventer. La lecture par Emmanuelle Borgnis-Desbordes de La nuit sexuelle[2] de Pascal Quignard a ouvert un horizon. Ce qui ne peut se dire : le mystère de l’origine, du sexe, ce grand désordre qu’est « le réel de la jouissance du corps »[3], il faut essayer de le dire quand même.

La présence des artistes invités et évoqués lors du colloque, ne saurait mieux témoigner de la « dénaturation »[4] de l’humain par le signifiant, référentiel « performatif » : du réel de la castration, du trou dans le langage, tout autant que de l’inventivité infinie des possibles et nouvelles nominations des sujets. Les artistes nous incitent et nous invitent à « un effort de poésie »[5].

Un grand merci à Emmanuelle Borgnis-Desbordes et à David Briard pour cette parenthèse poétique !

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« Le grand désordre…»

Bénédicte Turcato

 Trois séquences à partir des questions cliniques en milieu médical ont scandé cette journée avant la conférence de François Ansermet[6]. Les intervenants prennent place les uns après les autres dans la scénographie vivante et chaleureuse de ce colloque qui s’anime comme un corps, dans un joyeux bric-à-brac d’objets qui habillent, représentent, soutiennent les corps, ce que les artistes en écrivent, filment, chantent. David Briard et Emmanuelle Borgnis-Desbordes ont orchestré ce premier et magnifique colloque « psychanalyse et médecine » au chu de Rennes, une citation de Lacan se dessine en contrepoint à ce décor, prélevée dans un article du Dr Lacan et venant comme ordonner cet ensemble.

…Au joint le plus intime du sentiment de la vie

Séquence un : « L’anorexie dans les corps », F. Ansermet attrape au vol les éléments de la conversation avec Morgane Grandemange, pédiatre, Louise Laine interne en pédiatrie et Perrine Raoul, psychologue stagiaire, autour du cas d’une jeune fille hospitalisée en pédiatrie. Il nous indique la visée de « sortir de l’ordre anorexique par le désordre de la rencontre, créer du désordre dans l’ordre destructeur de l’appétit de mort ». C’est ce que les soignants de ce service ont su faire, à plusieurs, pariant sur une prescription à rebours d’un vouloir guérir : retirer la sonde de nutrition entérale et parier sur le lien avec la patiente, un choix éthique – « pas sans repère » intervient Perrine Raoul au sujet de ses fugues qui dès lors s’humanisent et se construisent en circuits avec un partenaire auquel elle se joint. Des psychanalystes, Laëtitia Belle, E. Borgnis-Desbordes, D. Briard, débusquent le réel en jeu pour un sujet au-delà de ce qui se donne à voir de prime abord. Séverine Dausque, infirmière-puéricultrice témoigne de sa rencontre au-delà de sa position de soignant et de la façon dont elle consent à être et maintenir pour cette jeune-fille un lieu d’adresse incarné, vivant, et l’accueille sans interpréter ses propos.

Séquence deux : « chirurgie esthétique : possibles et impossibles ». Muriel Poupon, chirurgien esthétique, remarque « là où le piège dans l’anorexie comme l’indiquait Ansermet est l’angoisse, dans le domaine de la chirurgie réparatrice et esthétique, celui-ci serait de consentir à être le technicien, le spécialiste d’organes ». La conversation avec Chantal Tanguy, psychanalyste, Raphaëlle Baggio, interne en dermatologie, nous oriente dans les modalités à inventer pour qu’un dire que non à ce ravalement au technicien soit celui d’un dire que non au sans limite de la demande d’un toujours plus. Mais de quel ordre est ce sans limite ? Le rapport intime, complexe du sujet à son image tel que Lacan le définit dans le stade du miroir sert ici de boussole. Le chirurgien peut-il être le point d’où un sujet peut ajuster son image ? Là où chacun peut être pris dans un excès, les consultations avec un chirurgien averti, permettent pas à pas d’ajuster cette focale.

Séquence trois : « Hormones à la carte ». Stéphanie Ferront-Bernat transmet ce que les sujets qui s’adressent à un médecin endocrinologue enseignent sur les désordres du corps sexué. Ce qui auparavant était irréversible ne l’est plus tout à fait et donne un sentiment plus rassurant peut-être. « De la demande à être homme ou femme on est passé à celle de vivre correctement leur vie ». Les possibilités sont sans limites, « M to F », « F to M » mais également une demande de cumuler ou de n’avoir aucun des attributs sexués… F. Ansermet souligne la « soif de causalité » du sujet devant ce qui fait énigme. Ici face à cette absence de réponse dans l’Autre sur son être sexué, le sujet ne vient pas avec un symptôme qu’il questionne mais avec une certitude, un « c’est un fait », il est question de l’être plus que de la sexualité.

Au « désordre au joint le plus intime du sentiment de la vie du sujet »[7] répondent les inventions de cliniciens orientés par une éthique de l’accueil du sujet, sans préjuger de la solution qui sera la sienne pour renouer les registres du corps. Ce corps qui, nous rappelle F. Ansermet « ne fait apparition dans le réel que comme malentendu »[8] .

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Comment se faire partenaire du sujet dans notre modernité ?

Lucille Cadiou

C’est dans le grand amphi de la fac de médecine qu’aura lieu le premier colloque « Psychanalyse et Médecine ». La salle est comble, une retransmission est prévue dans l’amphi d’à côté ! Pour sûr, cette rencontre suscite un intérêt certain pour un grand nombre ! Infirmiers, médecins, psychanalystes, psychologues, psychomotriciens, étudiants etc., se retrouvent côte-à-côte sur les mêmes bancs de fac. Une artiste a installé son atelier sur l’estrade magistrale. Sous ses doigts, la terre glaise prend vie, des morceaux de corps apparaissent, les formes et les courbent se dessinent, les fils de fer suggèrent des silhouettes. Elle modèle, sculpte, cisaille dans un univers intimiste où les planches anatomiques du corps côtoient des vêtements colorés suspendus à des portes manteaux. La phrase de Lacan « un désordre au joint le plus intime du sentiment de la vie » est inscrit sur le tableau noir… A la place du pupitre, un escabeau en bois et un salon bardé de vieux fauteuils : pas de cours magistraux, l’heure est à la conversation. Tout au long de la journée, des échanges sérieux teintés de surprises vont se succéder. Un colloque vivant en somme !

La clinique avec des sujets anorexiques en service de pédiatrie nous enseigne la nécessité d’une pratique à plusieurs basée sur la rencontre et l’importance de sortir des sentiers battus, hors le service voire hors les murs parfois. François Ansermet indique que la solution anorexique est un « piège qui consiste à se détruire pour se sauver ». Il s’agit alors de créer, d’introduire du désordre, de la surprise par le biais de la rencontre dans « l’ordre destructeur de l’appétit de la mort » de ces sujets. Pourtant, ce décalage n’est pas si facile car l’urgence vitale reste présente et l’angoisse, qui pétrifie, n’est pas située chez le sujet mais bien chez l’autre ; c’est toute la complexité de cette clinique. Pédiatre, interne, infirmière puéricultrice, stagiaire-psychologue et psychanalystes témoignent, parfois à plusieurs voix, comment elles/ils ont attrapé au vol les menus détails, les inventions de ces sujets pour s’en faire partenaire et permettre de retrouver de la singularité là où ces patients, rabattant le désir sur le besoin semblent tous identiques.

A l’heure des biotechnologies, permettant de modeler un corps idéal enfin débarrassé de ses « clocheries » est à l’œuvre. Le Dr Murielle Poupon, chirurgien esthétique témoigne de demandes de plus en plus exigeantes de la part des patients, toujours plus jeunes, qui souhaitent correspondre toujours plus à une image idéale. Faut-il alors tout accepter au risque de faire disparaître le sujet sous le masque lisse et sans expressions façonné par la chirurgie esthétique ? Ou bien faut-il tout refuser et tendre vers un conservatisme anti-modernité contre lequel François Ansermet nous met en garde ? Ce que nous enseigne le Dr Murielle Poupon, c’est qu’il s’agit plutôt, dans une démarche éthique, d’essayer d’introduire un peu de temporalité, de dialectique et d’impossible là où règne l’illusion d’un « tout possible ». Accueillir et entendre chacun avec sa demande, prendre le temps de l’échange en instaurant plusieurs rendez-vous avant l’opération, ouvrir des questions et répondre parfois, au un par un. L’intervention chirurgicale peut être une solution pour faire avec « le malaise dans notre peau » selon l’expression de François Ansermet. Cependant, cela ne se fait pas sans l’autre et la parole, pris dans une relation transférentielle.

Le Dr Stéphanie Ferron-Bernard, médecin endocrinologue nous parle de sa clinique avec des patients dans une démarche de changement de sexe. Aujourd’hui, les connaissances dans le domaine sont plus poussées et l’accès direct à la consommation d’hormones via internet est possible. La demande adressée au médecin est plus de l’ordre d’un accompagnement pour devenir correctement ce que le patient pense être.

François Ansermet, nous invite à réinventer notre pratique et à nous dévêtir de nos a priori pour pouvoir entendre et accueillir un « je ne suis pas ce que je suis » décliné de façon singulière pour chacun. Pour certain, ce n’est pas un symptôme mais bien une conviction qu’il s’agit de prendre très au sérieux.

Ces sujets, comme les anorexiques, nous enseignent sur le fait que le lien avec notre corps n’est pas une évidence mais un malentendu inhérent à la structure du langage. Ils témoignent chacun d’une « prise directe avec un réel impossible à supporter. ». Les transgenres interrogent les fondements et tentent de « s’attribuer le malentendu » en devenant, dans leur démarche la « cause de soi ». Par ce biais, il « s’attribue un nom, une origine, un corps, une sexualité et même parfois une possible création. » Le clinicien qu’il soit médecin ou psychologue a à soutenir les inventions qui ne nuisent pas au sujet et faciliter les trouvailles au cas par cas pour faire face à un réel du corps insupportable.

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Clinique du réel du corps

Charlotte Tazartez

Le corps. Présent à travers les mannequins de couture aux quatre coins de l’amphithéâtre, tantôt parés de bijoux, tantôt ceints d’un mètre coloré ; qui prend forme sous et dans les mains de la sculpteure de terre glaise ; qui se laisse imaginé par les multiples vêtures disposées sur un porte manteau sur l’arrière fond ; visible en transparence sur des radiographies disposées là pour l’occasion ; entendu dans les jeux de mots du poète Grand corps Malade. Le corps dans ce qu’il a de vivant et d’inventif. Le décor donne le ton : cette journée se veut vivante. Et le pari est réussi, sans rien perdre de l’intérêt de la clinique au cas par cas, riche des indications précieuses et rigoureuses du Pr François Ansermet.

Face à des pédiatres, endocrinologues, internes, psychiatres, psychologues, psychanalystes, etc., d’autres collègues, tous cliniciens, se sont penchés sur trois grandes problématiques à situer, non pas du côté de la psychopathologie, mais de celui de la clinique du réel : anorexie, demande de chirurgie esthétique, clinique transgenre.

Tous se sont posé la question de leur éthique, de leur pratique et de leur prise de position. « Tout devient possible, on peut tout faire. Mais faut-il tout faire ? », interroge le Dr Poupon[9], tandis que le Pr Ansermet[10] indique que « le piège de l’anorexie est de se détruire pour se sauver », que si on « lui enlève son anorexie, le sujet se retrouve face au pire » et qu’il faut donc construire d’autres solutions. Le Dr Ferron-Bernat[11] rappelle, entre autres, que son rôle premier, en tant que médecin, est d’aider le patient en accédant à sa demande, dans la mesure où il lui semble que le geste ne lui est pas plus nuisible que la situation actuelle. Elle entend dans les demandes transgenres qu’elle accueille un « Accompagnez-moi pour devenir correctement ce que je pense être ». Cette démarche d’accompagnement, du sujet, de ses inventions, a été le fil rouge de cette journée. Dans un « monde [qui] change plus vite que notre capacité à le suivre », « il est très important de regarder ces cliniques en se disant « ce sont les solutions qu’ont trouvé les sujets pour résoudre le malentendu et leur malaise » et que l’on doit, finalement, dans une certaine mesure, les respecter », souligne F. Ansermet.

Cette journée psychanalyse et médecine, animée par un gai savoir palpable, a donc été l’occasion d’une rencontre entre deux discours, concernés tous deux par des sujets, avec un corps souffrant de malentendu, qu’il s’agit d’accompagner dans leurs tentatives de se protéger d’un réel irreprésentable et difficile, voire impossible, à supporter.

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Le grand désordre dans la discipline

Quentin Dumoulin

 

Ce premier colloque « Psychanalyse & médecine » a proposé de s’orienter dans ce « Grand désordre des corps » via des exposés cliniques, afin d’en transmettre après-coup certains repères.

La mission fut accomplie, aux dires d’étudiants en droit qui ont témoigné de ce qui a pu d’abord les surprendre : ce grand désordre dans les disciplines, toujours entre médical et « psy ».

On aura en effet entendu lors de la journée : qu’on pouvait nourrir une patiente anorexique sans la soigner pour autant ; que des demandes de chirurgie esthétique pouvaient être exigées « en prévention » ; ou encore que certains patients trouvent contraignant de rencontrer leur chirurgien avant leur opération. On aura eu aussi témoignage de la diversité des demandes adressées aux endocrinologues, pour une infinité (ou presque) de choix d’identité(s) et de sexualité(s) possible(s).

Ces vertiges de l’origine, de la différence et de la fin, selon la série proposée par le Pr F. Ansermet dans son intervention, se font la cause de ce « grand désordre dans les corps » qui y répond. Ces paradoxes induits par le vertige, sont aussi traces dans le corps, du signifiant. C’est ce signifiant qui cause ce grand désordre dans le corps, et donc aussi dans les disciplines, « entre médical et psy ». Il s’agit de s’en laisser surprendre pour s’en enseigner : les étudiants en droit nous y auront rappelé à l’ordre.

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Du désordre au désir

Sébastien Borgogno

François Ansermet, sur le commentaire d’un cas d’une jeune fille anorexique nous a donné quelques indications précieuses dont une des principale consiste à dire qu’« il y a trop d’ordre surmoïque dans l’anorexie : « il faut se nourrir et prendre du poids ». Le sujet anorexique inquiète l’autre, qui pris par l’angoisse, ne peut se décaler de ce que l’anorexique donne à voir de son appétit de la mort. Les inventions du sujet, aussi discrètes soient-elles, sont alors très précieuses. « Sortir de l’ordre anorexique par le désordre de la rencontre – Il s’agit de créer un petit désordre dans l’ordre destructeur de l’appétit de la mort, il faut arriver à créer un décalage, trouver comment permettre ce décalage qui permet la vie ».

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Nouveaux aménagements subjectifs : Phia Ménard, une jongleuse de la vie

Wendy Vives Leiva

« L’inquiétante étrangeté »[12] a joué un rôle pendant le premier Colloque Psychanalyse et Médecine : « Le grand désordre dans les corps ». Les animations artistiques entre chaque séquence de travail clinique et théorique ont provoqué à travers la présence de la sculptrice, les extraits des films, des chansons, des lectures… un effet surprise. Entre ce que nous croyons connaître et les nouvelles créations subjectives face à l’insupportable de l’existence.

C’est le cas de la jongleuse, performeuse et metteuse en scène française Phia Ménard. Les spectacles de cette artiste transgenre racontent des épreuves, des histoires de transformations afin d’interroger la mutation des objets comme le vent, la glace, l’eau… Tout se transforme, comme elle-même s’est transformée. De Philippe à Phia, un Acte de Passage dans le corps qui est venu répondre à la contrainte d’un corps qui lui était étrangèr : « Qu’est-ce que ce corps ? Suis-je l’autre ? Parce que je ne me sens pas moi »[13].

A travers l’art, Phia Ménard cherche le moyen de transformer son corps : c’est en jonglant qu’elle a regardé son corps sans le sentir « étrange », car « lui‑même a exprimé ce que je suis », affirme-t-elle. Comment passer d’avoir un corps étrange à avoir un corps en concordance avec son être sexué ?

La clinique de la trans-identité est une clinique au-delà du champ médical qui met en scène un fait, une certitude énigmatique et troublante où le sujet devient la cause de lui-même, il se fonde d’une manière active en se construisant un nouveau corps biologique. Mais cet acte – voire passage à l’acte – est-il suffisant pour pouvoir l’habiter ?

Lors de sa conclusion, François Ansermet[14], nous invite vivement à ne pas nous laisser piéger par le discours commun, il est nécessaire de nous laisser surprendre par la logique créative du sujet à travers ses solutions qui le protègent d’un réel insupportable. Mais au même temps, toute invention est à interroger et accompagner.

Comme la production artistique de Phia Ménard, qui est l’emblème d’une nouvelle génération qui vient casser les codes du cirque avec ses spectacles dérangeants et bousculants, la clinique du réel impose aussi « à chacun sa norme », voire « les hors-normes pour chacun ». Valoriser le positionnement subjectif et les inventions du sujet sont un axe de travail clinique qui permettra un repérage singulier, en se décalant d’une recherche du déterminisme et de la causalité face au malaise de l’origine de chacun et l’existence dans le monde.

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[1] Ansermet F., conférence au colloque « Le grand désordre dans les corps », 13avril 2018, Rennes.

[2] Quignard P., La nuit sexuelle, Paris, Flammarion, octobre 2007.

[3] Guéguen P.-G., « Ce qu’on ne peut pas dire », Cairn, n° 76, mars 2010, p.43.https://www.cairn.info/revue-la-cause-freudienne-2010-3-page-39.htm

[4] Cf. Caroz G. citant J.-A. Miller in, « Politique du Witz, Hebdo Blog, n° 135, 29 avril 2018, http://www.hebdo-blog.fr/politique-du-witz/

[5] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Un effort de poésie », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris viii, inédit.

[6] François Ansermet est pédopsychiatre, psychanalyste, membre de l’Ecole de la Cause freudienne, membre de l’Association Mondiale de Psychanalyse, membre du Comité Consultatif National d’Ethique, Suisse.

[7] Lacan J. « D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose », Ecrits, Paris, Seuil, 1966 p. 558.

[8] J. Lacan, « Dissolution ! », « Le malentendu », Ornicar?, n° 22-23, Lyse, 1981, p. 12.

[9] Chirurgienne esthétique

[10] Psychanalyste

[11] Endocrinologue

[12] Freud S. (1919), « L’inquiétante étrangeté », Essais de psychanalyse appliquée, Paris, Gallimard, coll. « Idées », 1976.

[13] Ménard P., Spectacle « Vortex », Youtube.

[14] Psychanalyste, membre de l’Ecole de la Cause freudienne, de l’Association Mondial de Psychanalyse et de la New Lacanian School.

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