La première soirée, le 10 avril 2015, dans la très confortable salle de la Médiathèque nous étions une quarantaine à voir «  Les mystères d’une âme » de G. W. Pabst. Film muet, noir et blanc, de 1926.

Un film qui figure un moment de l’histoire de la psychanalyse à travers le récit d’un cas, le scénario est signé par Karl Abraham et Hans Sachs, respectivement président et secrétaire de l’Association Psychanalytique de l’époque. Ce serait un cas de leur pratique, dont le symptôme criant était la phobie des couteaux. Film représentatif de l’expressionisme allemand : tout est outré dans les gestes et les contrastes.

La copie numérisée sublime le talent de Pabst . Il s’agit du récit d’une cure qui reste freudienne. Abraham fût un des plus fidèles disciples de Freud.

Il y a un rêve très bien représenté et interprété une fois le sujet engagé dans le transfert, suite à la rencontre hasardeuse avec un analyste.

Film dit « de propagande » qui ne laisse rien au hasard, comme dit Abraham dans sa correspondance  avec Freud du 5 juin 1925 et qui montre sa position politique :

« … Notre influence est censée s’exercer jusque dans le détail, de sorte que soit, par exemple, évité tout ce qui nous paraîtra porter préjudice à notre cause.  Que ce genre de choses n’est pas particulièrement « votre genre », cela va presque sans dire ; mais il va aussi peu sans dire que ce genre de projets gît dans l’essence de notre époque, et qu’il sera à coup sûr exécuté, si ce n’est pas avec nous , alors avec des gens incompétents. Nous avons à Berlin tant de psychanalystes sauvages…qui se précipiteront sur l’offre, au cas où nous refuserions. Ceux-ci en auront alors le bénéfice matériel, notre cause, cependant le préjudice. » (souligné par l’auteur)

La tentative imaginée par Abraham a eu lieu, mais celui-ci avait signé un contrat qui stipulait que trois ans durant, personne ne pouvait faire un autre film bénéficiant de la collaboration d’un membre de l’Association, c’est-à-dire, garanti par elle.

Il s’agit, au-delà de l’anecdote dans l’histoire de la psychanalyse et de la méfiance de Freud de se donner aux images, d’une position politique très pertinente de celui qui détenait la responsabilité dans l’association, malgré la réticence de Freud, qui déléguait la décision : « Ce fameux projet me met mal à l’aise … Ma principale objection reste que je ne tiens pas pour possible de donner de nos abstractions une représentation plastique un tant soit peu respectable ».Ceci dit, il ne décourage pas Abraham de le faire si « la possibilité existe de produire quelque chose qui soit bon et réponde à la fin visée ». Mais, le cas échéant, il déclare ne pas vouloir voir son nom associé à un tel projet.

Au cours de notre soirée, l’assemblée s’est montrée enthousiaste vis-à-vis du film et des échanges animés qui s’en sont suivis : le film a répondu « à la fin visée »…

Le prochain film présenté sera : «  Jimmy P.,  Psychothérapie d’un indien des plaines » le 15 mai à 20 H au même endroit.