Echos de la conférence de Francesca Biagi-Chaï

« Variantes contemporaines du désir »

du 23 septembre 2017

Edito

Acte de nomination et contemporanéité du désir de l’analyste

Ce samedi 23 septembre 2017, à Nantes, lors de sa conférence  «Variantes contemporaines du désir », Francesca Biagi-Chaï a tracé le parcours du concept de désir dans l’enseignement de Lacan. L’enjeu était de taille et le pari a été fructueux, car une transmission s’est produite attestée par la vive conversation avec la salle qu’a suscitée son intervention. Démonstration a été faite que le dernier enseignement de Lacan s’avère tout à fait opératoire pour répondre aux (et des) effets du monde contemporain marqué par la montée au zénith du discours capitaliste, sur le désir. Si ce discours vise à faire perdre ce désir (articulable, mais pas articulé) en supprimant le savoir du sujet sur sa jouissance, une clinique continuiste, du détail, hors-standards, telle que F. Biagi-Chaï a pu en témoigner par l’exposé de deux cas cliniques peut permettre à un sujet d’accéder à un savoir-y-faire avec son symptôme et d’exister à lalangue. Cette opération tient au désir décidé de l’analyste d’aller au-devant de la demande par une offre de nomination.

Aurélien Bomy
Secrétaire du bureau
ACF-VLB Nantes – St Nazaire

Conduire l’être à exister

Par Alexandre Gouthière

Lors de sa venue à Nantes samedi 23 septembre dernier, Francesca Biagi-Chai nous a invité à une véritable reprise des fondamentaux de la psychanalyse, à partir des mots de notre époque. Illustrant son propos des cas tirés de son expérience, elle a tenu un discours à la fois didactique, clinique et politique sur la question du désir et de l’objet qui le cause, dans une logique structurale ancrée dans notre modernité.

A travers ce parcours, elle nous a fait toucher du doigt en quoi la psychanalyse est plus que jamais essentielle, si l’on souhaite cerner les évolutions contemporaines du rapport de l’Homme à son désir, aujourd’hui écrasé par l’exigence de satisfaction d’un objet tout puissant : le marché.

Au profit de celui-ci, la jouissance est en effet aujourd’hui dénudée, nous a rappelé Francesca Biagi-Chai. Le réel du XXIè siècle semble se passer du fantasme, par les rais duquel pourtant filtre le savoir du sujet sur sa jouissance. A l’ère du numérique, ce «savoir insu, [qui] bel et bien s’articule»[1], est même exclu. On y substitue les codes, les chiffres et l’harmonie supposée du calcul, telle une tentative d’aller jusqu’à se passer du réel en le rabattant tout d’abord sur le corps. Ce constat fit dire à notre conférencière que d’une certaine manière, nous serions devenus anorexiques quant au désir.

Aux prises avec cette évolution, Francesca Biagi-Chai nous a alors indiqué qu’une des tâches actuelles de l’analyste consiste à faire accéder le sujet à une nomination de ses expériences de jouissance, en ayant recours aux syntagmes présents dans le monde d’aujourd’hui. Autrefois prisonniers d’interdits, les sujets modernes apparaissent en effet moins souffrir d’une entrave de leur désir, que d’une rencontre avec l’impossible dans l’expérience même de la jouissance mise en acte. D’où l’exigence pour l’analyste à donner une consistance de symptôme à ce qui se manifeste non plus comme un conflit ou un manque, mais comme une énigme qui envahit l’être du sujet.

C’est ainsi que Francesca Biagi-Chai nous a proposé une conception de l’analyse à la hauteur de notre époque: donner corps au symptôme, à ce qui dérange l’être dans sa rêverie, pour présider à l’avènement du désir et conduire l’être à exister.

[1] LACAN, J., Je parle aux murs : Entretiens de la chapelle Sainte-Anne, Paris, Seuil, 2011, p 23.

Le désir : un faire-lien ?

Par Nathalie Leveau

Lors de sa conférence « Variantes contemporaines du désir », voici comment Francesca Biagi-Chaï a souhaité situer son propos : pour elle, contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire, nous vivons un moment de notre époque où la psychanalyse est très attirante : les demandes d’analyses n’ont jamais été aussi importantes, les amphis sont toujours pleins quand on organise des conférences, les soignants sont très intéressés (infirmiers, internes, psychiatres, psychologues) quand un psychanalyste vient à l’hôpital psychiatrique parler de son expérience et répondre aux questions très concrètes que les soignants se posent quant à leur pratique quotidienne.

Aussi dans ce contexte précis, il lui apparaît crucial -alors que la psychanalyse est toujours vilipendée- de revenir à une transmission simple des concepts freudiens et lacaniens ; ceci non pas sous la forme d’un savoir qui écrase et ordonne, mais sous la forme d’une « leçon » : « reprendre l’idée de la leçon ». Dans le but que chacun y attrape quelque chose et pourquoi pas ai envie d’en savoir plus.

Samedi elle nous a parlé du désir.

Elle l’a distingué des désirs et des envies, mais aussi de la pulsion et la demande qui en est son habillage.

Elle a fait valoir l’idée forte du désir comme d’une tangente : le désir prend la tangente contrairement à la demande qui elle tourne en rond et enferme le sujet.

Encore faut-il, nous dit-elle, que cette tangente, quelqu’un y fasse appel ! -au sens de l’appel d’air. C’est le rôle pour elle de l’analyste, dans tous les cas.

Alors que le désir est étouffé dans la névrose (car l’objet cause est confondu avec l’objet de satisfaction), dans la psychose ce désir est à construire, comme ce qui pourra avoir forme de désir, tenant-lieu de désir, soit quelque chose qui ira vers la réalisation d’une existence.

Francesca Biagi-Chaï nous a fait valoir la différence fondamentale élaborée par Jacques-Alain Miller entre être et existence. Pour elle, « la psychanalyse est une expérience qui ouvre une perspective, celle de trouver dans l’être la valeur d’une existence ».

Ainsi le désir ouvre des voies, condescendant à ce que tout ne soit pas parfait, sans pour autant que cela soit « n’importe quoi ».

C ‘est la fonction du père d’unir le désir à la loi.

Si cette fonction n’est pas présente, comme dans le cas de la psychose, le sujet devra inventer une nouvelle union, un nouveau lien, un « néo-lien ».

Là où dans la névrose ce lien passe par un manque où se loge un objet cause du désir, qui fait lien via le fantasme, dans la psychose cette absence de manque laisse le sujet face à un vide.

Ici devra être inventé un objet qui fera lien. Ce néo-lien peut être beaucoup de choses : un goût, un talent, une raison d’être, un programme de vie, qui viendra donner consistance à une existence.

Francesca Biagi-Chaï pose ainsi l’hypothèse du « faire lien » comme un nom du désir.

Responsable de pôle : Solenne Albert – Email : solennealbert@hotmail.fr

L’Association de la Cause freudienne a pour objet l’étude de la psychanalyse et l’insertion de la psychanalyse dans la cité. Le bureau de Nantes-Saint Nazaire propose cette année des Conférences (organisées avec la Section Clinique de Nantes), les Soirées d’étude de la psychanalyse, les Rencontres cinéma-psychanalyse.

Par ailleurs, il aide à la formation et soutient le travail des Cartels (petits groupes de travail) de l’École de la Cause freudienne, ainsi que les activités des groupes du Champ freudien : Centre Interdisciplinaire de l’ENfant CIEN et Centre d’Etude et de Recherche sur l’Enfant Dans le discours Analytique CEREDA, ainsi que le Séminaire de recherches psychanalytiques de l’École de la Cause freudienne.