Echos de la conférence de Laure Naveau « Le désir de savoir »

Chers collègues,

Vous trouverez dans cette newsletter du bureau de l’ACF-VLB Nantes St Nazaire, plusieurs échos vivifiants de la conférence de Laure Naveau, qui s’est déroulée ce samedi 16 décembre à Nantes.

Certaines conférences permettent de faire un pas de plus dans son analyse, c’est ce que vous découvrirez en lisant chacun de ces échos flèches authentiques et percutants !

L’étude de Laure Naveau du texte de Freud « Un trouble de mémoire sur l’acropole » a mis l’accent sur le courage de Freud, sans cesse à faire un pas de plus. Courage à affronter ce qui émerge – un affect de mauvaise humeur – et qu’il ne comprend pas. 

Consentir à ce que l’Autre soit manquant, à ce que l’Autre ne sache pas tout, c’est ce que le névrosé a le plus de difficulté à accepter de savoir. C’est l’un des enseignements remarquables de ce texte de Freud. Le désir de l’analyste vient faire contrepoids à la passion de l’ignorance du névrosé et suscite son désir de savoir. Il rend possible l’invention de nouvelles manières d’affronter le réel.

De ce point de vue-là, pour affronter le réel, être dans une Ecole, cela change tout, a souligné Laure Naveau. Une chose est sûre, son désir de transmettre « le soc tranchant de la vérité »[1] Freudienne est passé !

Nous vous souhaitons de joyeuses fêtes de fin d’année et nous vous donnons rendez-vous le 09 janvier, pour la quatrième soirée Lire Lacan, et le 10 janvier, pour Cinéma avec Lacan !

 

Solenne Albert

Responsable du bureau de l’ACF-VLB Nantes St Nazaire

[1] J. Lacan, Acte de fondation, in Autres Ecrits, p.229

La conférence, véritable enseignement dans la formation des analystes –

Par Séverine Buvat

 

Quand on décide de « faire le chemin vers une analyse », on peut traverser des moments de brouillard : des questions ne cessent pas de se poser, sans que l’on trouve de réponses. Alors on cherche ce que l’on ne sait pas dans les lectures, mais celles-ci peuvent toutefois parfois provoquer un effet d’inhibition. D’où l’intérêt des conférences, un indispensable complément à l’analyse, selon moi, qui éclairent différemment des concepts du discours analytique.

Allègement et relance du désir, tels ont été les effets pour moi de la conférence prononcée par Laure Naveau, sur « Le désir de savoir », le samedi 16 décembre à la médiathèque de Nantes.!

Effet d’allègement quand j‘ai entendu par exemple que ne pas céder sur son désir, c’était « ne pas se taire », et donc parler. C’est déjà un pas. Autre moment d’ouverture, lorsque j’ai entendu qu’assumer la castration pouvait consister à accepter de se séparer.

Freud, de l’analyste à l’analysant

Par Nadège Duret

 

Sigmund Freud, alors âgé de 80 ans, a adressé à son ami Romain Rolland, une lettre dans laquelle il développe son « trouble de mémoire sur l’Acropole »[1]. Par ce témoignage, l’inventeur de la psychanalyse souhaite éclaircir la note énigmatique qu’a laissée le vieux souvenir de son séjour à Athènes, marqué par l’empreinte d’un affect de mauvaise humeur. Une touche du réel qui fait symptôme, et qui laisse Freud en proie au savoir insu. Poussé par l’éthique du bien dire, il s’emploie à déchiffrer et « mettre à nu les mécanismes actifs » de ces « phénomènes psychiques » qui rendent alors ce souvenir très présent.

Ce samedi 16 décembre 2017, à la suite d’un émouvant hommage à Judith Miller, Laure Naveau nous a offert le commentaire de cette lettre en y donnant un éclairage inédit grâce à une logique articulée autour du fantasme et du réel. Qu’extraire de ce très riche enseignement ?

Au-delà de la découverte qu’a été pour moi l’existence de ce texte, ce qu’il me reste est la dimension profondément subjective que cela a redonné à l’œuvre freudienne. En effet, nous n’avons pas lu Freud-l’analyste, le scientifique, mais Freud-l’analysant. Dans sa lettre, Freud aborde l’amour qu’il vouait à son père comme un moteur et un obstacle (« Tout se passe comme si le principal, dans le succès, était d’aller plus loin que le père, et comme s’il était toujours interdit que le père fût surpassé »). L’Acropole, opérant comme signifiant manquant à l’Autre, n’a été que le condensateur de ce que Freud portait de son père, ou du moins de « ce père qu’il portait sur son dos ». Il ne s’agissait donc pas seulement de s’arrêter à ce souvenir, mais d’en extraire l’essence. Avec clarté et précision, Laure Naveau a resserré et formulé la position fantasmatique de Freud d’être sous le joug du regard accusateur du père. Tant que l’objet regard est du côté de l’Autre, cela maintient ce « sentiment de culpabilité (…) d’avoir si bien fait son chemin. » Une fois détaché de l’Autre et de la souffrance qu’il procure, l’objet cède et fait place au désir.

Finalement, Freud-l’analyste n’est pas sans Freud-l’analysant. Il n’y a pas un désir de savoir mais il y a le désir de l’analyste, ce « mode de couture » si particulier entre désir et savoir. Lors de cet après-midi, Laure Naveau a fait de la lettre à Romain Rolland, le témoignage de passe de Freud.

 

[1] Freud S., « Un trouble de mémoire sur l’Acropole, lettre à Romain Rolland », Résultats, idées, problèmes II, Paris, p.u.f., 1985, p. 220-230.

Choisir de parler

Par Benoite Chéné

 

« Le désir de savoir », est le titre que Laure Naveau, a choisi pour nous parler du désir.  Lors de cette conférence, c’est un certain rapport à la parole, que Laure Naveau nous a fait entendre, et qui m’a accrochée à son dire. Durant toute l’après-midi, elle a fait raisonner une certaine éthique, celle du désir de l’analyste. Lacan disait que l’envie d’être psychanalyste c’était aller jusqu’à la passe, et franchir, un « il n’y a pas ». C’est à partir de ce point de manque, qu’est le désir du psychanalyste et non sur un point de savoir. D’où le « il n’y a pas de désir de savoir », quand on parle de désir de l’analyste.

Ce n’est pas ici un éloge du non savoir mais davantage d’un « savoir y faire avec son manque ». C’est ce point qui laisse à la parole le rôle principal. Parler, cela demande de parler avant tout de ce que l’on ne sait pas. Derrière ce « je ne sais pas », qui touche au registre de l’inconscient, il y a son envers : l’horreur de savoir. Oui, on peut choisir de ne rien vouloir en savoir, mais le prix est lourd et notre désir reste entravé. Choisir de se taire, évoqué par Laure Naveau dans son témoignage de passe, met l’accent sur notre rapport toujours symptomatique à la langue. Du langage nous sommes tous marqué, et personne n’en sort indemne, dès lors il s’agit de savoir s’en servir. Parler demande un certain courage, il faut sans cesse : « remettre l’ouvrage sur le métier », mais ce travail ne se fait pas sans l’autre. Dès lors, désir de savoir raisonne avec désir de l’Autre. Cet Autre qui s’inscrit dans l’École de la Cause Freudienne, Laure Naveau lui a fait une place dans son discours. Elle a témoigné du pas de plus que lui avaient permis de faire les interventions à la tribune de Solenne Albert, Fouzia Taouzari, Eric Zuliani et de celles du public.

« C’est par le dire que surgit le désir »

Par Dominique Rayneau

 

Après un touchant hommage à Judith Miller, Laure Naveau a témoigné de son expérience autour du désir et du savoir avec une grande générosité. Elle s’est appuyée, entre autres, sur « Un trouble de la mémoire sur l’Acropole » de Freud mais aussi sur sa propre psychanalyse et sur sa passe. Elle nous a enseigné dans une sorte de « work-in-progress » combien son savoir n’est pas figé et comment à partir des questions ou des commentaires énoncés par les uns et les autres, elle avance dans ses réflexions pour en faire quelque chose.

Si le désir de savoir n’existe pas, le désir, lui, était bien présent à travers sa parole.

Faire de l’objet regard un savoir

Par Valérie Gombert

 

 « Apprendre à se désencombrer de la jouissance » c’est depuis Freud « chemin à faire » vers un « Tu peux savoir ».

Un trouble de la mémoire sur l’Acropole a pu résonner comme élucidation d’un symptôme. C’est en voyant l’Acropole que le récit prend la forme d’une remontée dans le temps qui mène au père tel que Freud l’a construit. Ce texte de Freud laisse apercevoir sa division subjective entre le devoir d’élever son père et ses « rêves de voyage », son « désir d’une vie libre », associés à son « mécontentement au sein de [sa] famille ». Cette écriture mène Freud au joint d’une couture singulière entre désir et savoir.

Trois temps logiques ont été dégagés par Laure Naveau : le temps de l’existence « Ainsi tout cela existe réellement comme nous l’avions appris à l’école », le temps de la vision « Ce que je vois là n’est pas réel », le temps de l’incroyance « Maintenant que j’y suis je ne peux pas le croire ». Ces trois temps évoquent un scepticisme, une défense contre un sentiment d’inquiétante étrangeté. Le désir d’une défense contre le désir est à l’œuvre dans ce qui trouble Freud. Laure Naveau nous a permis d’apercevoir que quelque chose se conjoint au moment où les deux fils éprouvent l’instance du père accrochée à leur(s) jouissance(s) du spectacle de l’Acropole. Ce qui pourrait se dire : un père souffre de ne pas voir la scène et ce regard absent devient la souffrance du fils. Un vide vient révéler l’objet en tant qu’il révèle que le père ne l’a jamais vu. L’Acropole dès lors le(s) regarde ; il vient nommer le fils en train de voir ce dont le regard du père a été privé. L’Acropole le regarde du regard du père. Au moment où Freud se sépare du regard du père se loge la castration. L’amour du père pour Freud est aussi ce qui a fait obstacle. Quelque chose est laissé au champ de l’Autre par cette opération de séparation entre voir et savoir.

La conversation nous a permis d’entendre, aidé en cela de l’enseignement de Jacques Lacan et de celui de Jacques-Alain Miller, un désir décidé à plusieurs qui fait front à l’horreur de savoir et à la passion de l’ignorance.