ECHOS de la conférence de Dalila Arpin – Le choix de l’amour

« Chacun son couple célèbre » : Samedi 25 Mars, Dalila Arpin est venue à Nantes et nous a passionnés par son témoignage d’Analyste de l’Ecole. Les AE sont « une série d’exceptions, de solitudes incomparables », comme nous le rappelait Bernard Porcheret.
« Le choix de l’amour », titre sous lequel elle est venue nous parler, témoigne de la réponse singulière de Dalila Arpin face au réel auquel elle a eu affaire.
La dimension du couple amoureux est venue « voiler le réel de la morosité maternelle », soulignait  Solenne Albert, lors de la discussion qui a prolongé cette conférence, placée sous le signe du « gai savoir ».
Vous trouverez dans ce numéro de notre newsletter deux témoignages de participants, venus assister à cette conférence. Ils ont accepté de nous transmettre ce qui a été pour eux le sel de cette après-midi de travail et nous les en remercions !
Par ailleurs, les « flèches amoureuses » qui ont ponctué, durant deux semaines, la venue de Dalila Arpin à Nantes, ont donné envie à deux participantes d’écrire elles aussi sur un « couple célèbre » qui les a touchées. Je vous laisse découvrir ce qu’elles nous ont adressé spontanément… Merci à elles deux !
Solenne Benbelkacem Leblanc
Responsable des « flèches échos » pour le bureau de Nantes St Nazaire

Vies de couples

Sous le regard de couples-stars défilant en noir et blanc, Dalila Arpin, samedi 25 Mars, a témoigné de sa position vis-à-vis des couples de sa vie. D’abord, celui qu’elle formerait avec le Samson que son prénom suppose. Ensuite, celui, énigmatique, de ses parents qui l’a ficelée de signifiants qui ont marqué ses propres choix amoureux. Les trois couples successifs qu’elle a formés avec des analystes ont permis de dénouer les pièges identificatoires faisant d’elle une « femme-orchestre », fuyant solitude et silence. Avec les hommes, elle se faisait moins femme que mère. Et elle se dé-pensait avec le plus grand sérieux dans le couple qu’elle formait avec son symptôme. Il a été passionnant d’entendre comment cette femme a su, par l’analyse, se défaire des instruments de son « orchestre », se risquant à n’être plus « toute ». Son style même, plein d’humour et de vie, fut l’illustration qu’un gai savoir a asséché les injonctions d’un terrible surmoi.
Aujourd’hui, elle peut dire « sérieusement, je m’amuse »…
Stéphane Guillemot

Vers un certain rapport intersinthomatique

 
Lors de sa conférence, le 25 mars, à Nantes, Dalila Arpin nous a éclairés sur l’existence d’un « certain rapport » dans l’amour. Il y a quelque chose. De quoi s’agit-il ? D’un reste de rapport, un reste sinthomatique. « On ne retrouve chez l’autre que le signe d’une jouissance perdue », nous dit Lacan. C’est ainsi que j’entends, alors, « l’amour choisit en nous », en tant que l’amour ne serait pas tout du côté de l’objet, pas entièrement réductible au pur déchiffrage. Une Un-détermination, donc. Mais alors, si de l’amour il y a un reste intersinthomatique, le couple peut-il venir comme suppléance de la jouissance perdue ? Dalila Arpin nous oriente sur ce point, avec sa passe, lorsqu’elle nous dit que la solitude narcissique qui était la sienne, solitude phallique du côté de « être la seule » recouvrait finalement la solitude de l’Autre jouissance. Ce reste de morosité de la femme lacanienne lui sera dévoilé dans le couple, en en passant par le rapport à un partenaire particulier : l’analyste.
On pourrait alors dégager trois temps dans le retour de passe de Dalila Arpin : Tout d’abord, le réel de la femme morose, ou « l’Un de la tristesse », c’est ainsi qu’elle le désigne. Puis le couple, comme voile de la tristesse. Et dans un troisième temps, la mise en place du symptôme « la femme qui rit. » qui reprend la morosité du symptôme de départ et la rebrousse en effet de création. « C’est un sinthome orienté par le non-sens et la contingence de la rencontre. En l’occurrence l’humour de la femme qui rit transforme l’humour de départ, qui, lui, était issu d’une identification phallique que la cure a fait chuter », nous a indiqué Dalila Arpin.
Mathilde Epsteyn

Et nos deux flèches amoureuses spontanées !

Romain Gary et Jean Seberg : L’amour jusqu’à bout de souffle

Elle, l’icône de la nouvelle vague, plus enfant que femme dans ses yeux à lui, fragile, personnage nymphomane et frigide dans le film qu’il écrira et réalisera pour elle, Les oiseaux vont mourir au Pérou. Ce personnage lui collera à la peau, elle restera toujours divisée entre ses pulsions et son éducation puritaine. Lui,  c’est un grand séducteur, ainsi nommé par une mère dont il ne « guérira »  jamais : « -Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele D’Annunzio, Ambassadeur de France – tous ces voyous ne savent pas qui tu es ! »[1].
 Romain Gary et Jean Seberg, un amour au-delà de leur séparation, de son suicide à elle que le sien suivra, sans qu’il n’accepte d’en voir le lien. Amour fou, romantique parfois, lorsque l’écrivain provoque en duel Clint Eastwood pour une idylle, amour jamais apaisé où les effractions du réel, sexe et mort sont fréquentes.
Tout s’est joué sur un regard, mais aussi sans doute sur le fantasme d’une femme à sauver comme celle que fut sa mère, premier objet d’amour  avec laquelle il faisait couple, mère qui avait programmé les envois de ses lettres après sa mort pour qu’il n’en sache rien. « Si ma mère avait eu un amant, je n’aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine. Malheureusement pour moi, je m’y connais en vrais diamants »[2] .
Jean Seberg fut pour lui à la fois un diamant et cette autre femme à sauver envers et contre tous. Leurs amours feront série, si celui-là, pour lui, reste le plus fort, il s’est décliné, comme les autres, sur fond de ravage maternel: « Il n’est pas bon d’être tellement aimé, si jeune, si tôt….la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais, on croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver…après cela, chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont que des condoléances…vous êtes passés à la source très tôt et vous avez tout bu…lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n’y a plus de puits, il n’y a que des mirages » [3] »
Isabelle Pontécaille
[1]Gary., Romain  « La promesse de l’aube », p.16, Folio, Paris , 1960 réédition 1980
[2]ibid, p.44
[3]ibid, p.43

Auguste Rodin – Camille Claudel, Absolu colossal et variations

« Ma féroce amie je t’aime avec fureur » écrivit Rodin à Camille Claudel tandis qu’elle déclare, d’une obstination très singulière, son vouloir être artiste femme. Elève de Rodin dès 1883, Camille répond aux commandes du maître qui lui confie, comme à d’autres, les pièces de ses propres créations dont La porte de l’enfer. Elle devient celle qui sculpte les mains, les pieds, les petites têtes des œuvres colossales, jusqu’à confondre son style à celui de Rodin. L’amour de Camille et Rodin avive la passion des chairs sculptées. La fusion des styles s’amplifie quand les amants partagent l’atelier de la Folie-Neubourg. Les Bourgeois de Calais signent cette apogée du couple au travail ensemble. Une étrange porosité dans les mises au point impérieuses des  aimants pétrifiera les variations qui fraient en sculpture le passage vers l’œuvre unique, jusqu’à l’impasse du couple. Y succèderont – pour lui – les portraits de l’aimée et son soutien discret, – pour elle – l’influence du japonisme, le marbre-onyx dont naît La vague, ravage au roc d’un réel déporté.
Valérie Gombert

Responsable de pôle : Solenne Albert – Email : solennealbert@hotmail.fr

L’Association de la Cause freudienne a pour objet l’étude de la psychanalyse et l’insertion de la psychanalyse dans la cité. Le bureau de Nantes-Saint Nazaire propose cette année des Conférences (organisées avec la Section Clinique de Nantes), les Soirées d’étude de la psychanalyse, les Rencontres cinéma-psychanalyse.

Par ailleurs, il aide à la formation et soutient le travail des Cartels (petits groupes de travail) de l’École de la Cause freudienne, ainsi que les activités des groupes du Champ freudien : Centre Interdisciplinaire de l’ENfant CIEN et Centre d’Etude et de Recherche sur l’Enfant Dans le discours Analytique CEREDA, ainsi que le Séminaire de recherches psychanalytiques de l’École de la Cause freudienne.