Deux demandes à Emmanuelle Mouraud, enseignante spécialisée dans un ITEP-pro

 

Pourquoi venez-vous à la seconde journée de la FIPA ?

Venir à cette journée, c’est venir se nourrir, prendre des forces auprès d’autres institutions qui ont toutes en commun de se situer du côté du sujet. Une phrase lue, une parole attrapée, un cas clinique viennent relancer mon désir d’expérimenter, d’inventer des solutions avec les adolescents dont j’ai la charge au niveau de leur scolarité.

Les demandes sont présentes en permanence, demande parentale, scolaire, normative, et c’est tentant d’y répondre tant ça insiste tous les jours.

Être orientée par la psychanalyse, cela me permet de prendre cette liberté de ne pas répondre à cette demande de projet « tout ficelé ». C’est un cadre de travail qui m’autorise à rencontrer les adolescents pour leur proposer un autre lien social que celui déjà rencontré au collège, dans la famille. Cela me permet également de ne pas perdre le sens de mon travail, de me questionner sur le savoir, la transmission et d’interroger ma position.

Comment entendez-vous le titre « Paradoxes de la demande » ?

Les demandes qui nous sont adressées en tant qu’enseignants sont nombreuses, qu’elles viennent de l’Autre social, ou des sujets eux-même.

Répondre de notre place nous engage. Il est parfois nécessaire de se dégager de la demande en la reportant sur un autre pour pouvoir rester partenaire du sujet ; d’’autre fois, Il s’agit plutôt de l’entendre, d’en accuser réception, tout en se gardant d’y répondre dans la réalité. La demande sociale exerce une forte pression sur l’institution : accueillir ces jeunes à temps plein, les insérer coûte que coûte, là où ces sujets sont pris dans un mouvement inverse ; dans une tentative de se désinsérer d’un Autre trop consistant. Ainsi dans notre institution, le signifiant pro, d’ITEP pro nous confronte à des demandes de formation professionnelle. Le parti pris de l’institution est de partir de la demande des jeunes sans y répondre au pied de la lettre, car y répondre trop vite, tout mettre en œuvre pour accéder à la demande du sujet le conduit trop souvent à la catastrophe, à l’effondrement. Il s’agit alors de décompléter la demande en la faisant entrer dans un circuit d’échange qui rende possible d’exprimer des doutes, des incertitudes, des alternatives et qui, en faisant jouer au delà des professionnels, les instances dont ils dépendent, ménage un espace qui tienne compte du rythme du sujet.