Trois demandes à Gil Caroz

Président de la FIPA

 

1-Comment diriez-vous la spécificité des institutions de la FIPA (Fédération des Institutions de Psychanalyse Appliquées) ?

L’histoire de ces institutions commence avec la création des CPCT à l’initiative de l’École de la Cause freudienne. Le point de départ correspond à un moment où, au début des années 2000, les psychanalystes ont été amenés à sortir de la « clandestinité » de leur bureau, afin de monter sur la scène du monde et de démontrer l’utilité publique de leur pratique. Ensuite, nous avons vu naître, de façon spontanée, d’autres institutions qui s’inspiraient des CPCT, issues d’initiatives personnelles de praticiens qui s’orientent de la psychanalyse. Enfin, la FIPA a inclus des institutions dont les praticiens contribuent à l’orientation psychanalytique, parfois autour d’un projet clinique spécifique. Outre l’enjeu politique de la création de ces institutions, il s’agit de lieux de recherche scientifique et de formation à une clinique orientée par la psychanalyse, qui offrent un accès relativement facile à l’expérience et aux pouvoirs salutaires de la parole, le plus souvent pour un temps limité et dans la gratuité.

 

2-La deuxième journée FIPA se tiendra à Rennes le 17 mars prochain, elle met l’accent sur les paradoxes de la demande. À qui cette journée s’adresse-t-elle?

Cette journée s’adresse à tous les amis de la psychanalyse et du désir. À l’ère où les discours ambiants tendent à écarter le désir par la demande de conformité à la norme, une journée sur les paradoxes de la demande doit ouvrir vers le souffle d’un désir. La demande répond à la manifestation de la pulsion comme besoin, et part de l’hypothèse que le tout du besoin peut être versé dans le signifiant. À l’opposé, le désir rend ses lettres de noblesse au « X » qui reste toujours indicible, à la poésie du sujet et au salut de l’énigme. Toutefois, l’être parlant ne peut s’empêcher de demander. Parler, c’est demander : demander d’être écouté, aimé, ou au contraire ignoré et haï. C’est autour de cette dialectique entre le désir et la demande, telle qu’elle apparait dans la rencontre du sujet avec les dispositifs des institutions de la FIPA, que nous voulons axer la journée du 17 mars.

 

3-Quels sont les enjeux de cette journée ? Qu’apporte la psychanalyse appliquée, et particulièrement au moment de la montée dans le discours contemporain du surmoi et de l’ego ?

Vous l’avez dit : le discours contemporain est celui du surmoi et de l’ego. C’est dire que le discours contemporain est un discours de maîtrise. Et nous sommes tous pris dans ce discours. Qui ne s’angoisse pas quand son enfant ne répond pas aux normes imposées par le maître? Nous parlons du un par un, de la singularité, etc. Mais si nous tolérons très facilement le fait que l’enfant du voisin soit un peu spécial, l’idée que le nôtre ne réponde pas à la norme est le plus souvent très mal vécue. La norme est un des noms d’une religion contemporaine et les écoles sont souvent ses temples. Il faut passer par l’expérience analytique pour pouvoir supporter l’angoisse de ne pas faire partie de la norme. La psychanalyse appliquée est pratiquée par des analysants qui s’appliquent, dans leur cure, à traverser cette angoisse et à faire un pas de côté. Là où le moi et le surmoi poussent à répondre à la demande du maître, ces praticiens orientés par la psychanalyse tentent plutôt de rattacher le sujet à son propre désir.