QUELLE PAROLE A L’ECOLE ?

SAMEDI 20 SEPTEMBRE 2014 / 14h-17h30

 On lit dans le rapport, publié en novembre 2013, de l’Inspection Générale de l’Education Nationale sur Le traitement de la grande difficulté au cours de la scolarité obligatoire[1], que pour beaucoup d’enseignants les élèves en difficultés sont ceux pour lesquels « on ne peut rien dans le cours normal des enseignements », et qu’il leur faut une aide spécifique qui ne peut être qu’extérieure à leur cours. Et même si, selon Lacan, « toute formation humaine a pour essence, et non par accident, de réfréner la jouissance »[2], on considère, à juste titre sans doute dans certains cas, que l’école donc n’a pas vocation à traiter les comportements symptomatiques des élèves.

Pourtant, ainsi que le rappelle Philippe Lacadée, l’école aujourd’hui « se trouve face à deux enjeux fondamentaux : rendre les élèves plus présents aux professeurs dans la rencontre de ce moment de transmission du savoir, et aussi les rendre plus responsables dans ce lieu de construction de la vie qu’est l’école. »[3]

Quelle parole, alors, à l’école ? Quand celle des enseignants se heurtent, dans leur devoir de transmission, à celle des élèves et qu’un mur d’incompréhension, voire d’hostilité, semble les séparer. Les auteurs du rapport cité précédemment évoquent, parmi les causes de « la grande difficulté », les  « obstacles » rencontrés « dans la maîtrise de la langue française ». Ce constat n’est pas sans intérêt, mais s’agit-il réellement d’un manque de « maîtrise » ou bien plutôt, souvent, d’une autre façon de faire avec la langue ? La parole, disait Jacques Lacan, « est un don de langage »[4], mais comment entendre ce qui se dit dans ces provocations langagières, dans ces débordements pulsionnels qui vont bien au-delà de ce que Freud qualifiait autrefois d’ « incommodités »[5], pour les enseignants, dans la position des élèves. «Comment faire classe, dit encore Philippe Lacadée, afin que les élèves s’y sentent accueillis dans leurs dires et consentent, peu à peu […] à s’ouvrir à la vie de l’esprit. »[6]

 Sans doute est-il tout aussi précieux pour les enseignants que pour les psychanalystes de bien connaître « la spire » où l’époque les entraîne « dans l’œuvre continuée de Babel », et qu’ils sachent aussi leur « fonction dans la discorde des langages »[7]. Philippe Lacadée, Catherine Henri et Jean-François Couchard-Develotte viendront, lors de cet après-midi, témoigner qu’un « savoir-y-faire », avec l’éclairage de la psychanalyse, « permet d’entrevoir des éclaircies dans l’impossible d’éduquer »[8].  

 [1] http://cache.media.education.gouv.fr/file/2013/27/1/2013-095 grande difficulté 293271.pdf

 [2] Lacan J., « Allocution sur les psychoses de l’enfant », Autres Ecrits, Paris, Seuil, 2001, p.364.

 [3] Lacadée P., La vraie vie à l’école – la psychanalyse à la rencontre des professeurs et de l’école, Paris, Editions Michèle, 2013, p.8.

 [4] Lacan J., « Fonction et champ de la parole et du langage », Ecrits, Paris, Seuil, 1996, p. 301.

 [5] Freud S., « Sur la psychologie du lycéen » [1914], Résultats, idées, problèmes, t. 1, Paris, PUF, 1998, p. 229.

 [6] Lacadée P., opus cit., 4ème de couverture

 [7]  Lacan J., opus cit., p. 321.

 [8] Lacadée P., ibid.

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