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AFFECTS et INSTITUTION

Ce qui nous touche, ce qui bouleverse, ce qui se déplace ?

 « L’affect n’est pas quelque chose de purement et simplement opaque et fermé […],

 une espèce de noyau vécu dont on ne saurait pas de quel ciel il nous tombe.

 L’affect est, très précisément et toujours, quelque chose

qui se connote dans une certaine position du sujet par rapport à l’être. »[1]

Il peut arriver que la rencontre affecte le praticien, lorsque le patient lui adresse des phénomènes de transfert massifs qui peuvent à l’occasion l’encombrer, qu’il s’agisse de séduction, d’amour ou de haine parfois. D’autres indices de cette sensibilité peuvent apparaître dans les préoccupations d’une équipe ou d’une institution aux prises avec des patients « difficiles ». Désaccord, réaction passionnelle, fascination, agression, ne sont-ils pas l’écho de ce qui ne peut se lire? Parfois ce qui s’impose au cœur de la relation praticien-patient est un impossible. Cela peut produire un sentiment d’impuissance qui masque l’angoisse liée au réel en jeu.

La psychanalyse nous invite à l’étude clinique de ces phénomènes. Se pencher sur l’ambiance de travail d’une équipe touchée par l’impasse dans laquelle la met un patient, chercher comment un praticien peut se dégager de ce qui fait symptôme pour lui dans la relation au patient, tenter de nommer la peur de ne pas maîtriser, de ne pas savoir, repérer les interprétations hâtives comme autant de défenses contre ce qui nous échappe, consentir à parler de rejet, d’exaspération, de haine parfois ou de leurs masques, sont autant de questions que nous aborderons lors de cette cinquième journée d’étude. Quand le passage à l’acte remplace la parole, quand cette dernière elle-même relève du passage à l’acte, quels appuis le praticien, l’institution peuvent-ils trouver ? Comment aérer le lien pour que le transfert puisse être un moyen de travail et non ce qui y fait obstacle ? Composer avec ce qui ne marche pas, voilà ce que nous propose le discours analytique, en tenant compte du réel. La question est politique autant que clinique, car les embrouilles comme les haines ne commencent-elles pas lorsque quelques-uns résistent à l’universel du « tous pareils » ?

Nous débuterons notre journée par une conversation avec Jérôme Thomas, enseignant chercheur en science de l’information et de la communication. Deux cliniciennes témoigneront ensuite de leur pratique auprès de sujets en hôpital et en Sessad. Notre invitée Caroline Leduc, psychanalyste membre de l’Ecole de la Cause Freudienne, et psychologue au service des armées, nous indiquera en quoi l’élaboration des affects ouvre à un accueil particularisé des sujets.

[1] Lacan J., Le Séminaire, livre vi, Le désir et son interprétation, La Martinière, juin 2013, p. 172.