L’émergence de la parole…

 clinique avec les jeunes enfants

 

Bien que pris dans un bain de langage, l’enfant est d’abord confronté au Réel (de la prématuration, des pulsions non-unifiées, de la réalité sexuelle qui le déborde) sans avoir la possibilité d’un recours au langage pour s’en protéger. Il ne parle pas, c’est la période « infans », et c’est avec « les débris du langage » qui lui viennent de son entourage qu’il sera amené à nouer le langage à la pulsion.

 

Ainsi, bien avant la prise de parole, sous forme de vagissements, de bruits de bouche, du babil, Lalangue – néologisme que Lacan a voulu le plus proche du mot « lallation » – signe l’entrée du sujet dans le langage.

Lalangue est un premier traitement du Réel, et une  jouissance préalable qui ne sert pas à communiquer, mais qui permet de concevoir un lien inaugural entre les mots et le corps.

 

Mais comment l’enfant va t’il prendre la parole ?

 

La manière dont ses premières tentatives seront reçues (comme des appels ou bien écrasées sous la satisfaction du besoin) est fondamentale. Il faut, dit Lacan dans sa « Note sur l’enfant », que « l’enfant soit en relation avec un désir qui ne soit pas anonyme ».

 

Le passage de Lalangue au langage implique une perte de jouissance. Et c’est face à l’insatisfaction ressentie et au manque d’objet que l’enfant sera amené à entrer dans le circuit de la demande. Il est conduit alors à différencier des signifiants. Le sens du mot prend le pas sur la jouissance. Et désormais, parler va le diviser.

 

La marque du langage est singulière. Mais s’il n’y a pas de modèle standard, il existe néanmoins un processus de régulation de la jouissance qu’est la métaphore paternelle. Selon qu’elle opère ou non, le rapport à la langue diffère.

 

Ainsi prendre la parole n’advient pas toujours facilement et il existe un mode de ratage propre à chacun dans cette tentative. Des symptômes apparaissent alors, qui amènent à consulter. Rencontrer un analyste peut favoriser chez l’enfant la rencontre entre les mots et la jouissance. Il s’agira de  dénouer les symptômes pour les rendre à la fonction de la parole.

 

Au cours de cette matinée, nous aborderons comment un clinicien accueille l’enfant et ses parents, et vient soutenir l’émergence subjective de la parole.

 

 

Références  bibliographiques :

 

Jacques Lacan :

– « Note sur l’enfant »  dans  « Autres Ecrits »

–  Séminaire 4 : « La relation d’objet »

– « Conférence à Genève sur le symptôme », dans  « Le bloc notes de la psychanalyse », numéro 5

– « Conférence à Yale University », dans Silicet numéro 6/7

 

Lacadée Philippe :

– « Le malentendu de l’enfant », aux Editions Payot  Lausanne

 

Bulletin Groupe Petite Enfance :

– « Le temps de la petite enfance » numéro 16, 2001

– « L’émergence de la parole » numéro 17, 2002

 

Hélène .Deltombe :

– « Lorsque l’enfant questionne » Editons Michèle

– Cycle de conférences de Reims, 2000, 2001 : « L’enfant au pays du symptôme » et aussi : Quatre conférences sur : « L’enfant et les formations de l’inconscient » dans Les Documents de Scripta : (ACF Champagne Artois Picardie Ardennes)