Stylisme et Chiffonszoé guédard

Je suis partie à Paris pour étudier le textile et ses techniques traditionnelles et artisanales. À l’excellence, je préfère les défectueux, les petits bouts, la pacotille. À la suite de deux années d’études, je suis partie en voyage pour apprendre à coudre auprès d’un tailleur Dakarois. Ce voyage a abouti à une collection de vêtements « carnet de voyage » mêlant détails d’élégance croisés dans les rues de Dakar et vestiaire classique occidental. En rentrant, j’ai repris une année de licence au cours de laquelle j’ai eu tout loisir de développer et approfondir les thèmes qui me questionnent : le détail, le dandy, la foule, la fripe, l’histoire de l’élégance, les signes, l’archive, la collecte…

Ce gros remue-méninges a donné naissance à deux projets : le premier nommé Dandysmes ordinaires s’attachait aux détails, aux silhouettes, aux flâneries urbaines, aux quotidiens, aux ordinaires ; Le second intitulé Robes de chambres serait l’intitulé sous lequel pourrait se regrouper mes différentes recherches vestimentaires quant à l’exposition du vêtement ou toutes autres questions de mode.

J’aime à me jouer de la mode et de ses paillettes pour venir, comme sur papier glacé, parler des vêtements que les gens portent dans la rue. Et si l’élégance n’était pas dans l’extraordinaire mais dans « l’inframince » de l’ordinaire ?

Le vêtement c’est ce chiffon qui habille nos corps, l’habille de signes et de sens. Donner un sens, créer des signes pour habiller la chose absurde et embarrassante qu’est notre corps dans son apparence physique, c’est faire style.

Le chiffonnier glanait dans la rue les objets divers, rebuts et pacotilles. Moi j’y glane des silhouettes, des détails d’histoires singulières. Dans la foule, un personnage discret, anodin ou ordinaire, par le choix d’une paire de chaussettes par exemple, laisse apparaître la personne de mode, l’élégant, le dandy « qui s’ignore ».

Morne routine et déclin de l’habit original de nos jours où tout est image, faire image et mise en image sur papier glacé. J’ai pourtant le sentiment que l’image est aplatie ou reproduction d’une même, dévalorisée et désacralisée en comparaison à la lointaine époque de l’image picturale. Et pourtant les gestes singuliers stylistiques si petits, discrets ou inconscients soient-ils, transforment la foule uniforme en un microcosme foisonnant de détails précieux.

Moi j’aime regarder les gens dans la rue et je travaille dans le vestimentaire parce que c’est comme ça que je me sens vivante en 2016 dans le monde qui m’entoure.

Zoé Guédard