090216_1306_Symptomaten1.jpg« Amis, respondit Pantagruel, à tous les doubtes et quæstions par vous propousées compete une seule solution, et à tous telz symptomates et accidens une seule medecine. La response vous sera promptement expousée, non par longs ambages et discours de parolles : l’estomach affamé n’a poinct d’aureilles, il n’oyt goutte. Par signes, gestes et effectz, serez satisfaicts et aurez resolution à vostre contentement » Rabelais F., Le Quart Livre, Chapitre LXII, Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, Gallimard, 1994, p. 689.

Le Rabelais de Michel RagonLaure Naveau

Le roman de Rabelais est une biographie romancée, écrite, semble-t-il, sur le modèle du Roman de la Rose d’Umberto Eco. L’on ne s’y ennuie pas un instant.

Cela commence par cet exergue, signé Rosa Luxembourg, et qui donne le ton de l’ouvrage : « Il n’y a de liberté pour personne s’il n’y en n’a pas pour celui qui pense autrement. ».

Épopée joyeuse et grave à la fois, de la vie de Rabelais, autant qu’apologie de sa « langue du peuple » incomparable, Michel Ragon nous livre quelques succulents secrets cachés derrière cette « apothéose de la boustifaille », où la « voracité des géants avale la faim du monde, (…) exorcisée par le rire ».

L’on y apprend ainsi mille détails de l’histoire de cet immense érudit humaniste, « encombré des mots qui lui cognent les méninges » et qui « invente une langue immature (…) d’une époustouflante richesse, riche de tout son savoir encyclopédique, (et qui) lui fournit un lexique, une syntaxe, avec laquelle Rabelais met le monde à l’envers ». Car « par le fantastique du récit, et par son style, il fait ingurgiter de force les idées révolutionnaires des humanistes. ».

Sur l’incompréhension du sens de son œuvre, sur la raison de son vocabulaire, sur la signification de ses outrances, Rabelais se sent peu compris, mais soutenu et encouragé par les plus illustres de son temps : Erasme, Guillaume Budé, Clément Marot, les Du Bellay et, bien sûr, le Roi François 1er.

Il considère que « le meilleur rôle auprès des puissants est celui de fou ». Il rêve d’être le bouffon du Roi. Même s’il lui est reproché « de conduire à l’athéisme, et d’abolir la référence à Dieu », « le rire protège de la peur, (…) et le vocabulaire permet de déconsidérer les ennemis de l’humanité en ridiculisant le langage des maîtres. » « On fera le pitre jusqu’à démontrer que les maîtres du monde ne sont, eux aussi, que des pitres ». Ainsi, Pantagruel est-il une caricature de François Ier, qui ne s’en offusque pas.

Dès l’âge de 26 ans, et alors qu’il est déjà ordonné prêtre, « la pulsation des corps se révèle à lui » : « Il se met à lire tout avec gloutonnerie – corps malades, corps meurtris, corps estropiés, tout l’intéresse ». Il ne suffit pas de vouloir sauver les âmes, il devient médecin.

Protégé des fureurs du monde et de l’intolérance dans l’Abbaye de Maillezais, il s’enfuit pourtant, « persuadé d’avoir été choisi pour porter une croix qui est un gibet ».

Ainsi, « de sa rencontre avec Ignace de Loyola, il affirme avoir rencontré le diable en personne. »

Mais « la bonne humeur de Rabelais est rassurante : soutenant que la première vertu d’un médecin est d’être gai, gras et rubicond, il prend les maladies les plus graves à la plaisanterie, ce qui tranquillise ses patients et ne l’empêche pas de leur donner les ordonnances les plus sérieuses ». Pour lui, « la source de la plupart des maladies se trouve dans les deux seules choses que l’homme absorbe naturellement : les aliments et l’air. »

Ses vrais remèdes, il les tient de l’officine de botanique de l’Abbaye, où les moines vivaient vieux et se soignaient avec des plantes, « moins toxiques et plus efficaces que la médecine des riches ». Il a cependant du mal à faire admettre à la faculté les propriétés miraculeuses des herbes. Il s’oppose aussi aux théologiens, lorsqu’il ambitionne de soigner les fous. Pour lui, « les fous sont des malades, et non des possédés du démon ».

Il ne rencontrera jamais la Dame de ses rêves, la seule femme qu’il aimera, la sœur du Roi, Marguerite de Navarre, une femme érudite qui avait encouragé les débuts de la Renaissance. « Elle incarnait cette féminité qui sera toujours pour lui une énigme, à la fois incompréhensible et redoutable ». Ainsi, (…) « de la fureur contre l’autre sexe, il déduit que c’est le lieu même de la conception et de la maternité qui doit être souillé par on ne sait quel désir de vengeance obscure, par une sorte de détestation d’être né, ruisselant, sorti du ventre des femmes ».

La mort de « La Dame à la Licorne » fut pour Rabelais une catastrophe, « car elle représentait le dernier rempart contre l’intolérance religieuse ».

L’érudition reste donc, pour Rabelais, et, en cela, il est un homme des Lumières avant la lettre, ce qui sauve l’humanité de sa barbarie naturelle.

« Voyant le deuil qui nous mine et nous consume, mieux vaut écrire du rire que des larmes. »

La psychanalyse à la lumière du gai savoir de Rabelais

Les jouissances du corps et la parole

Samedi 24 septembre 2016 – 14h30

Université des Deux lions – Tours

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 « Mieulx est de ris que de larmes escripre, pource que rire est le propre de l’homme »

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