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« Amis, respondit Pantagruel, à tous les doubtes et quæstions par vous propousées compete une seule solution, et à tous telz symptomates et accidens une seule medecine. La response vous sera promptement expousée, non par longs ambages et discours de parolles : l’estomach affamé n’a poinct d’aureilles, il n’oyt goutte. Par signes, gestes et effectz, serez satisfaicts et aurez resolution à vostre contentement » Rabelais F., Le Quart Livre, Chapitre LXII, Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, Gallimard, 1994, p. 689.

Afin de préparer notre colloque, le Symptomate vise à éveiller ou réveiller le désir de lire Rabelais. Pierre Naveau nous rapporte ici un commentaire de Bakhtine. On y entend ce qui vibre dans la langue de Rabelais, mais aussi ce qui est énigmatique : c’est donc de la jouissance qu’il est question.

Le hors-sens selon Rabelais, exemple : le « coq-à-l’âne »1

« Le « coq-à-l’âne » joue un grand rôle dans l’œuvre de Rabelais. Les discours de Baisecul [et] de Humevesne [ainsi que] la conclusion de Pantagruel, qui forment la matière des chapitres XI, XII et XIII de Pantagruel, sont bâtis comme de vrais « coq-à-l’âne ». (…)

Quel est le sens artistique et idéologique de tous ces « coq-à-l’âne » ?

Ce sont avant tout des jeux de mots, (…), des associations (…) de mots pris en dehors de l’ornière traditionnelle du lien logique. Une sorte de récréation des mots (…) lâchés en liberté, délivrés de l’étreinte du sens, de la logique, de la hiérarchie verbale. Jouissant d’une totale liberté, les mots se placent dans des rapports (…) tout à fait inhabituels. Si, à la vérité, on n’obtient pas, dans la majorité des cas, de nouveaux liens stables à l’issue de cette association, il n’en demeure pas moins que la coexistence, si éphémère soit-elle, de ces mots (…) en dehors des conditions courantes a pour effet de les rénover, de dévoiler l’ambivalence et la multiplicité des significations internes qui leur sont inhérentes ().

Dans chaque cas (…), le « coq-à-l’âne » a (…) son caractère particulier. Par exemple, « Les Fanfreluches antidotées »2 sont bâties sous forme d’énigme. L’auteur y dépeint certains événements historiques, en employant un grand nombre d’obscénités et plusieurs images de banquet. La poésie est bâtie, à dessein, de telle manière que le lecteur y cherche des allusions à des événements politiques récents ou d’actualité. Cela contribue à créer une perception carnavalesque (…) de la vie politique et historique.

1 Bakhtine M., L’œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et sous la renaissance, traduit du russe par Andrée Robel, Paris, Gallimard, 1970, p. 419-420.

2 Rabelais F., Gargantua, Chapitre 2, « Les Fanfreluches antidotées trouvées en un monument historique », traduction Guy Demerson, Paris, Éditions du Seuil, Points, n° 287, 1996, p. 58 à 66 (ainsi que chapitre 58, « Énigme en prophétie », p. 378 à 386).

La psychanalyse à la lumière du gai savoir de Rabelais

Les jouissances du corps et la parole

Samedi 24 septembre 2016 – 14h30

Université des Deux lions – Tours

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