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« Amis, respondit Pantagruel, à tous les doubtes et quæstions par vous propousées compete une seule solution, et à tous telz symptomates et accidens une seule medecine. La response vous sera promptement expousée, non par longs ambages et discours de parolles : l’estomach affamé n’a poinct d’aureilles, il n’oyt goutte. Par signes, gestes et effectz, serez satisfaicts et aurez resolution à vostre contentement » Rabelais F., Le Quart Livre, Chapitre LXII, Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, Gallimard, 1994, p. 689.

Avec humour, Pierre Streliski nous livre un bien amusant billet pour ce numéro 7 du Symptomate, bonne lecture !

 

Oyez[1] gentes donzelles et doulx damoiseaux, cui tantost viendreiz en nostre beau pays de Touraine vous esbaudir de fortes disputatio et savantes parolles d’icelle joyeuse confrerie d’ACF sur le sieur Rabelais et le gai scavoir dans « les jouyssances du corps et de la parole », oyez l’ystoire que voilà :

 

Combien goulesyant estoit pour moi le tistre du Gargantua : « La vie inestimable du grand Gargantua, père de Pantagruel, jadis composée par l’abstracteur de quinte essence » que le for resputé François Juste, en l’an de grâce 1536, publioyt dans la bonne cité de Lyon.

« Inestimable » est un adjectif qui nous plaist, il évocquoit la singularité propice à notre discipline, qui ne se comploit pas dans les classifications mais quiert à faire lignage de l’originalité du sinthome. Nous sommes attachés aux uns plus qu’aux classes, aimenz, n’en déplaise au grand Occam, comme le signaloit Messire Jacques-Alain Miller en cité d’Arcachon[2], toutes à la fois lez nominalistes et lez réalistes. Et l’oeuvre de Rabelais réalisoit belle prouesse de lier l’extrême singularité d’une vie avec la démonstration d’une leçon et une peinture de mœurs.

Il auroit pu dire avec Lacan : « Toute vérité c’est qu’elle s’avère dans une structure de fiction »[3]. Et faict jactance nousvelle qui s’éloigne des bien distes vies illustres des anciens « par lesquelles se sont racontées avec un succès constant les destinées des grands du monde »[4], oncques ne séparant l’observation et la fable, mais saschant que « Chacun d'[entre nous] a son trait unique qui le différencie pour jamais parmi les hommes»[5].

 

Mais pourquoi doncques en ouvrant si beau maroquin de La Pléiade trouvois-je un titre changé : « La vie très horrificque du grand Gargantua, père de Pantagruel, jadis composée par M. Alcofribas, etc. » ? Pourquoi diantre a-t-on commué mon cher « inestimable » en cet « horrificque » qui sembloit dire qu’il n’est jolie figure à vouloir estre inclassable et qu’in fine en quelsconques catégories, nulle estime à attendre mais « une horrifiction », un blâme.

Le très finaud Google m’apprend que tel apparaissoit ce tistre dès les années 1540, faiste pour le replacer correctement dans la généalogie, puisque Rabelais avoist commencé dabord à narrer l’ystoire du fils d’icelui Gargantua sous le titre « Les horribles faits et prouesses épouvantables de Pantagruel » ? Sans doute.

 

Mais se pourroit-il aussi que fussent meschantes malices des vileins comportementalistes qui pointent là leur croche nez en décrétant horrificque l’inestimable ?

La psychanalyse à la lumière du gai savoir de Rabelais

Les jouissances du corps et la parole

Samedi 24 septembre 2016 – 14h30

Université des Deux lions – Tours

Argument et renseignements complémentaires en pièces jointes

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