Lecture du cours de Jacques-Alain Miller

« L’Un-tout-seul »

par Jean Luc Monnier

Le titre initial qui fut donné à ce dernier cours de Jacques-Alain Miller par lui-même était L’Être et l’Un. « Il changera ce titre en vue de sa publication. »[1] L’Un-tout-seul qui est donc le titre définitif de ce cours souligne d’une manière beaucoup plus sensible le point sur lequel se conclut l’enseignement de Lacan. Dire L’Être et l’Un affaiblit, d’une certaine manière, le parcours de cet enseignement en faisant du symbolique et du réel des partenaires de même poids qui voyageraient de conserve.
Si l’égalité des consistances fait du Réel du Symbolique et de l’Imaginaire des partenaires à parts égales en termes de fonction dans le nouage borroméen, Jacques-Alain Miller ne montre-t-il pas aussi dans ce dernier cours, que L’Un-tout-seul spécifie la prévalence de l’un (le réel) par rapport à l’autre (le symbolique), à écrire alors : prévalence de l’Un par rapport à l’Autre ?
Ainsi l’expérience analytique ne place plus à son horizon de rejoindre « la subjectivité de son époque » mais plutôt d’éprouver dans le corps au-delà des moires mortifères de l’imaginaire et du signifiant dont on se fait un destin, ce détachement de l’Autre qui fait événement : événement de corps. La jouissance qui s’y condense n’est plus la jouissance interdite, prise dans une dialectique à l’image du désir mais une jouissance traumatique, contingente, de pur hasard [dont] le principe du régime est la jouissance féminine.[2]
Vérité et réel sont dès lors radicalement disjoints ; il y a un au-delà de la traversée du fantasme. Si le sujet voit l’assurance qu’il prenait de son fantasme vaciller avec les significations que ce dernier donnait pour lui au réel, il n’en demeure pas moins que le « réel lui reste intouché ». [3] Le fantasme, pur mixte d’imaginaire et de symbolique, fenêtre sur le réel est renvoyé du côté de l’être, de l’ontologie ; son poids de réel initial n’étant dû qu’à l’ignorance du sujet de ce qui le cause.
C’est tout l’enjeu de ce cours de Jacques-Alain Miller, d’éclairer pour nous le trajet que fit Lacan de l’ontologie à l’hénologie au fur et à mesure que s’avère l’existence d’un réel définitivement hors-sens, sans loi, finalement « à la conjonction du signifiant, du S1 et de la jouissance. »[4]

Jean-Luc Monnier

 

[1] Philippe Hellebois http://jonathanleroy.be/wp-content/uploads/2016/01/Philippe-Hellebois-LUn-tout-seul.pdf
[2] Miller, J.A. L’Un-tout-seul, cours donné dans le cadre de l’Université Paris VIII, leçon n°5, 2 mars 2011. Inédit.
[3] Ibid.
[4] Ibid. leçon n°8, 23 mars 2011.

Informations

Calendrier : 7 janvier, 11 mars, 29 avril, 20 mai (sous réserve), 24 juin.

Entrée gratuite.

La 1ère séance aura lieu en visioconférence.

Inscriptions closes (jauge limitée à 100 personnes).

Pour toute demande d’inscription supplémentaire, contacter Géraldine Somaggio, (geraldine.somaggio@numericable.fr) en précisant dans l’objet du mail l’évènement auquel vous souhaitez participer.

 

 

 

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geraldine.somaggio@numericable.fr