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Addictions : quand le rêve tourne au cauchemar, quelles solutions ?

Aspirer au bonheur, vouloir « devenir heureux et le rester[1] », tel est selon Freud le but des hommes. Exit la souffrance, le « déplaisir[2] » : n’est recherchée que « l’expérience de forts sentiments de plaisir[3] ». Pour celui-ci, la « méthode chimique »[4] est le levier le plus efficace dans le « combat pour le bonheur[5] ». Cela ne cesse de se vérifier puisque de plus en plus nombreux sont les consommateurs de drogues dans le monde[6], et avec eux augmente le nombre de molécules à disposition, qu’il s’agisse de substances pharmaceutiques détournées ou de nouvelles drogues de synthèse. Cette massification des pratiques vient-elle signaler que la drogue fait toujours rêver ?

Mais le plaisir dans l’addiction semble avoir pour corrélat son envers quand l’objet vient à manquer : ça ne marche plus, c’est la désillusion… La question de la gestion du manque et de la descente agite d’ailleurs les forums spécialisés dans l’usage de drogues. Est-ce à dire que la tentative de prolonger le rêve toujours échoue ? Si ces expériences de plaisir à la limite, peuvent faire rêver le sujet, en ceci qu’elles lui procurent un certain apaisement, il apparaît que le cauchemar n’est jamais loin. Et ce, d’autant plus que la pulsion de mort vient à se dénuder. N’est-ce-pas d’ailleurs au moment où le rêve s’étiole et où le cauchemar se généralise sous les espèces d’un corps entamé ou de ruptures, que ces sujets viennent nous rencontrer ? Du cauchemar au rêve et retour : telle semble être la boucle répétitive dans laquelle est pris le sujet addict.

Le rêve c’est aussi cette formation de l’inconscient qu’avec Freud, nous avons appris à interpréter. Si pour l’inventeur de la psychanalyse, il protège avant tout le sommeil du dormeur, Lacan mettra davantage l’accent sur la dimension du réveil du sujet. Et c’est aussi de réveil dont il s’agit dans les cauchemars et rêves traumatiques où l’angoisse surgit. Le réel y est dévoilé. Du rêve comme accomplissement de désir au cauchemar comme rencontre avec la jouissance de l’Autre, nous étudierons comment les sujets addicts sont traversés par les productions oniriques. Notamment dans le temps particulier qu’est celui du sevrage, puisque nombreux sont ceux qui rêvent de l’objet dont ils sont privés. Ce n’est pas sans nous rappeler le rêve de la petite Anna qui, mise à la diète, dans son sommeil énonce à haute voix ce qu’elle désire : « fraises, flan, bouillie ». Si pour Freud « ce rêve figure sans voile un désir non refoulé »[7], en va-t-il de même pour tous ceux qui se sèvrent ? Quelle est la particularité de ces rêves s’il en est ? Quel usage possible de ces formations de l’inconscient dans la rencontre avec ces sujets ?

Si l’analyse cherche à réveiller le sujet névrosé assoupi dans le cocon de son fantasme, s’agit-il de viser la même chose chez les sujets addicts que nous rencontrons ? Ou au contraire ne vaut-il mieux pas éviter de réveiller le chat qui dort ? Comment ces sujets pourraient-ils continuer à rêver sans cauchemarder ? Quel réveil possible pour les sujets addictés ? À chacun son rêve, à chacun son cauchemar, à chacun son réveil : les cas cliniques présentés au cours de cette conversation nous permettront d’en cerner les contours singuliers pour chacun des sujets dont nous parlerons.

Ce sont ces questions que nous vous proposons de mettre au travail en compagnie de Philippe Bouillot, psychanalyste à Bruxelles, membre de l’Ecole de la Cause Freudienne et de l’Association Mondiale de Psychanalyse, directeur thérapeutique au Courtil, qui sera l’invité de cette xve Conversation du TyA – Rennes.

[1] Freud S., Le malaise dans la civilisation, Paris, Éditions Points, 2010, p. 63.

[2] Ibid.

[3] Ibid.

[4] Ibid., p. 66.

[5] Ibid., p. 67.

[6] « Drogues, les nouvelles routes », Courrier International, no 1502, 14-21 août 2019, 30% de consommateurs en plus dans le monde entre 2007 et 2010.

[7] Freud S., Sur le rêve, folio essais, 1988, p. 118.

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