1ère conférence du cycle de l’année avec Jean-Claude Maleval, le samedi 17 janvier 2026 à Rennes

Echo de Rennes

Retour sur la conférence de Jean-Claude Maleval
Isabelle Rialet-Meneux

Le bureau de Rennes de l’ACF a accueilli le samedi 17 janvier 2026, dans son local, le professeur Jean-Claude Maleval, membre de l’ECF et de l’AMP, pour une conférence inaugurant à Rennes le cycle du thème de l’année « Quel est ton acte ? ». Une centaine de participants, en présence ou en distanciel, a pu ainsi suivre la démonstration rigoureuse et passionnante de notre collègue sous le titre « Fonctions du passage à l’acte pour le sujet psychotique appréhendées à partir du meurtre immotivé ».

Arrêtons-nous déjà sur le terme de fonctions comme angle de lecture qui vient en opposition avec l’affirmation qu’un acte meurtrier serait immotivé, telle que mise en évidence dans le courant du XIXe siècle, notamment par Esquirol qui a fait rentrer ce qui jusqu’alors relevait de la justice dans le champ de la pathologie mentale(1). Si aucune motivation apparente n’apparaissait, un contexte favorable d’errance pour autant se dégageait des observations des aliénistes. Il faudra attendre les années 1930, avec l’émergence de la psychiatrie dynamique, pour que s’ouvre une voie propice à l’étude de la logique des meurtres immotivés.

Ainsi Guiraud fut le premier à faire l’hypothèse d’une causalité psychique inconsciente. Dans un article publié en 1928 avec Cailleux(2), il s’appuie sur deux actes criminels relativement semblables où le meurtrier tire avec une arme à feu sur un chauffeur de taxi. Le passage à l’acte s’apparente à une réaction violente, comme un dernier sursaut d’énergie suivant un état hébéphrénique, afin de tuer le mal ou la maladie dans l’acte.

Guiraud emploiera le signifiant « kakon » pour décrire ce que le sujet meurtrier tente d’atteindre, référence que Lacan adoptera dans son travail sur La psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité(3). Rapprochant le « kakon » du ça freudien, il met en évidence le rapport du passage à l’acte avec l’objet réel et précisera par la suite que ce que cherche à frapper le sujet, c’est le « kakon » de son propre être, suivant en cela Guiraud. Ce qui permettra de mieux différencier acting out et passage à l’acte, ce dernier résultant d’un écrasement du sujet sur l’objet a, d’une identification à son être de déchet, faute du recours au symbolique et à l’imaginaire. Le meurtre immotivé n’apparaît donc pas sans cause, mais celle-ci est impossible à dire. Il a donc une fonction.

J.-C. Maleval nous en offre une démonstration saisissante au travers du cas de Hans Eppendorfer.(4) Que l’acte d’une extrême violence fût étranger au moi du sujet, il n’en reste pas moins que la description d’une hallucination substituant le visage de sa mère à celui de la victime reste à interroger. Son ressort tient peut-être à la fonction libératrice au principe de l’acte, le sujet ayant confié le grand soulagement éprouvé après le meurtre corroboré par un remaniement de ses liens avec une mère persécutrice. Condamné, purgeant sa peine, H. Eppendorfer trouvera par la suite une stabilisation de sa structure psychotique dans une activité éditoriale. Cet exemple parmi d’autres confirme l’hypothèse de Guiraud et Cailleux que le meurtre immotivé, tout comme le délire, serait une tentative de guérison, par extraction de l’objet a en trop. Par ailleurs, J.-C. Maleval rappelle que lorsqu’un paranoïaque tue, c’est souvent sur fond de certitude de s’être défendu d’un Autre jouisseur, ce que Lacan a démontré dans sa thèse consacrée aux sœurs Papin. Quelles sont alors les issues possibles après l’acte libérateur de la maladie ? Dépression ou développement du délire ? J.-C. Maleval rappelle qu’il y a dans les passages à l’acte psychotiques un appel à la loi paternelle, une tentative de restaurer l’ordre du monde. Cela en passe parfois pour le sujet par une position sacrificielle, ce que le cas de Melogno(5) démontre parfaitement. Durant les 35 années qu’a duré son incarcération suivie par un internement pour le meurtre de quatre chauffeurs de taxi, le sujet a construit une suppléance mystique, considérant même ses meurtres comme une célébration.

J.-C. Maleval conclut sa conférence en rappelant que dans la conduite de la cure de sujets psychotiques, le praticien doit être averti des phénomènes de transfert qui peuvent se réactualiser, en évitant d’incarner pour le sujet un Autre tout-puissant tout en s’opposant à sa pente sacrificielle au laisser-tomber.

(1) Cf. Esquirol E., Des maladies mentales considérées sous les rapports médical, hygiéniste et médico-légal, Paris, Baillière, 1838.
(2) Cf. Guiraud P., Cailleux B., « Le meurtre immotivé, réaction libératrice de la maladie, chez les hébéphréniques », Annales Médico-Psychologiques, novembre 1928, n°4, vol. 2, p. 352-360.
(3) Cf. Lacan J., De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité, Paris, Seuil, 1975.
(4) Cf. Eppendorfer H., L’Homme de cuir, Paris, Hallier, 1980.
(5) Busqued C., Les quatre crimes de Ricardo Melogno. Entretiens, Paris, EPEL, 2020.

Informations

samedi 17 janvier 2026 à 15h
Local ACF-UFORCA
11-13 cours J.-F. Kennedy à Rennes
en présence : 10€ / 8 € demandeurs d’emploi-étudiants
en visio: 15€