Conférence d’Hélène Girard, psychanalyste, membre de l’ECF

 

Argument :

Que l’on soit praticien en institution ou en libéral, la rencontre avec des sujets psychotiques est possible. Lacan invite à ne pas reculer devant la psychose en soutenant une position éthique, qui considère la psychose non pas en terme de déficit mais du côté d’une réponse, d’une solution, d’une invention du sujet face au réel. Pour le saisir, « le psychanalyste n’a qu’un médium : la parole du patient »[1]. Sans doute est-ce important de rappeler ce qui fait le fondement de l’orientation analytique, particulièrement dans cette période où la psychanalyse subit de lourdes attaques au point de craindre la disparition des thérapies par la parole au profit d’une politique de soins portée par le discours « tout neuro », avec un engouement pour la biologie du cerveau. À l’opposé, le praticien orienté par la psychanalyse restitue au sujet la parole. Cette généralité demande à être affinée si l’on veut entrer dans le vif des questions cliniques que posent l’accueil et l’accompagnement des sujets psychotiques. En effet, de quelle parole s’agit-il ici ? De quelle façon le psychotique a-t-il recours au langage ? Comment parler avec lui ? Le praticien a-t-il, lui aussi, quelque chose à dire ? Des questions très pratiques émergent : à quoi sommes-nous sensibles quand on accueille un sujet psychotique ? Sur quels détails cliniques s’appuyer pour un diagnostic ? Et comment intervenir en fonction ?

Le Séminaire III de Lacan sur les psychoses soutiendra notre réflexion, notamment quand il dit que « le psychotique est un martyr de l’inconscient » à entendre ici au sens d’être témoin, « témoin ouvert, [qui] semble fixé, immobilisé, dans une position qui le met hors d’état de restaurer authentiquement le sens de ce dont il témoigne, et de le partager dans le discours des autres »[2]. Nous nous appuierons sur des vignettes cliniques issues de notre pratique ainsi que sur l’usage de la conversation clinique dans un service de psychiatrie pour démontrer par la pratique la pertinence et le précieux de l’orientation analytique dans la prise en charge des sujets psychotiques.

Hélène Girard

[1] Lacan J., « Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 247.

[2] Lacan J., Le Séminaire, livre III, Les Psychoses, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1981, p. 149.

Écho

« Parler avec le sujet psychotique » d’Hélène Girard
Leslie Magrez

Ce 27 mars 2026, à Saint-Nazaire, Hélène Girard, psychanalyste, membre de l’ECF et de l’AMP, est venue poursuivre avec nous le travail engagé dans le cadre des soirées Lire Lacan, sur le Séminaire III, Les Psychoses.

Une soirée que la présidente des Psychologues Freudiens a ouverte avec des mots importants sur la nécessité de défendre aujourd’hui une pratique clinique qui ne se laisse pas réduire aux impératifs comptables. Elle a souligné l’importance de préserver une orientation où l’accueil de la souffrance et le soutien de la singularité passent par une écoute, un engagement et une inventivité du praticien qui prennent du temps. Ce sont ces coordonnées, ce fil d’Ariane, que nous ne lâcherons pas de la soirée.

Plus précisément, c’est à partir de la question de la rencontre avec le sujet psychotique que notre invitée nous a guidés dans la lecture du Séminaire. Là où Lacan aborde les psychoses par la voie de la question, en s’appuyant sur la linguistique, la logique du signifiant et l’enseignement tiré du témoignage de Schreber, Hélène Girard nous a démontré ce qu’implique, pour le clinicien, une véritable discipline du signifiant : repérer la logique subjective en suivant l’articulation de la chaîne signifiante de celui que l’on écoute.

Au cœur de son intervention, par trois vignettes cliniques, Hélène Girard a su mettre en alerte nos oreilles, attirant notre attention sur la délicatesse à trouver le mode d’interlocution qui mette le sujet le moins en difficulté, l’indispensable rigueur à le suivre au plus près de sa langue.

L’expérience clinique transmise au cours de cette soirée a éclairé avec force une orientation essentielle : le savoir est du côté du sujet, là où le clinicien occupe une place de non-savoir. Mais que celui-ci se rassure, cela ne signifie pas avancer sans repères, mais au contraire, cela implique de s’orienter à partir d’une éthique où il s’agit de lire le symptôme, sans l’interpréter. C’est un travail de bordage, de limitation ou de déplacement de la jouissance, afin de rendre le lien social plus vivable.

Avec sa conférence « Parler avec le sujet psychotique » Hélène Girard nous a permis cette trajectoire, sous le signe d’une éthique clinique, qui va de la question vers le traitement possible des psychoses, à partir de ce que le sujet nous enseigne, à condition de l’écouter.

Informations

En présentiel
Agora Maison des Associations,
2 bis rue Albert De Mun
44600 Saint-Nazaire
Entrée : 10 euros
Demandeurs d’emploi / étudiants : 5 euros
Sans réservation préalable

Contact

Contact : acf.saintnazaire@gmail.com