Cinéma avec Lacan

Cinéma avec Lacan invite le CEREDA pour clore son programme, « Comment l’enfant choisit-il ses objets ? »
La soirée sera animée par Denis Brunelière, avec la participation de Fouzia Taouzari et Remi Lestien, psychanalystes membres de l’ECF.

Argument :

The Fabelmans s’ouvre sur une scène paradigmatique : le père explique à Sammy la persistance rétinienne, la géométrie de l’œil, la mécanique de l’illusion. C’est précisément ce que Lacan, dans le Séminaire XI, nomme la vision géométrale – le point de vue du sujet qui croit maîtriser ce qu’il voit, qui se pose en centre perspectif du monde visible. Mais Lacan y oppose immédiatement le regard, qui lui ne part pas du sujet : il vient du tableau, de la scène, du champ du visible comme tel – il est ce point lumineux qui me regarde avant même que je ne regarde. La mère, dans cette première scène, évoque non pas la technique mais la part « émotionnelle » des films[1] ; elle désigne sans le savoir ce débord du regard sur la vision, ce quelque chose dans l’image qui saisit le spectateur avant qu’il ait décidé de voir. Sammy, dès lors, n’est pas celui qui regarde le cinéma : il est celui que le cinéma regarde, happé dès la première projection par la scène d’accident ferroviaire comme par un point aveugle qui l’élit. Lacan situe le regard parmi les objets a ; ces objets partiels que le sujet ne possède jamais, qui circulent entre lui et l’Autre, et dont la pulsion fait le tour sans jamais les atteindre[2]. Sammy est incapable de pleurer, mais transforme cette incapacité en une obsession paradoxale : émouvoir les autres, c’est-à-dire faire passer dans l’Autre ce regard qu’il ne peut pas lui-même soutenir. Dans le Séminaire XI, Lacan montre que le peintre, le cinéaste, celui qui donne à voir, opère toujours une même opération : il pose quelque chose devant le regard de l’Autre pour l’apprivoiser, pour façonner ce regard insupportable qui menace le sujet[3]. La caméra peut alors transformer une mère malheureuse en ballerine de porcelaine, métamorphoser une brute antisémite en figure héroïque – non pas par mensonge, mais parce que l’art est précisément ce dispositif par lequel le sujet traite l’objet regard, le dépose sur la toile ou la pellicule pour ne plus en être aveuglé. La dernière scène du film – John Ford disant à Sammy que l’horizon doit être en haut ou en bas, jamais au milieu – est la leçon du cadre comme bord : la mise en scène est ce qui donne un bord à l’objet regard, ce qui permet au sujet de ne pas être englouti par lui[4].

Sarah Guesmi

[1] The Fabelmans, Steven Spielberg, 2022, scène d’ouverture.
[2] Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1973, p. 73.
[3] Ibid., p. 97-98.
[4] Ibid., p. 107.

Informations

Cinéma Le Cinématographe
12 bis rue des Carmélites
44000 Nantes

Tarifs : 6€ et tarifs réduits

Contact

acfvlb-nantes-st-nazaire@outlook.fr