Conférence de Hélène Girard,
psychologue, psychanalyste, membre de l’ACF en VLB et de l’ECF
La santé mentale des adolescents préoccupe. Si la période de Covid et le confinement ont exacerbé certains symptômes, il n’en reste pas moins que la puberté est un universel qui confronte l’adolescent à une tempête pulsionnelle[1]. Période charnière où le sentiment de la vie est en question avec le surgissement d’un réel dans le corps de l’adolescent, réel sur quoi les mots défaillent. Dans la clinique, nous avons souvent affaire à une sorte d’urgence, « urgence de la vie » selon l’expression percutante de Freud, qui peut prendre la forme de passages à l’acte, d’angoisse, d’agitation, autant de façons de faire entendre que le goût de la vie n’a rien de naturel. Cette période est propice aux excès et à l’instabilité, à l’instar de ce puissant poème de Louise Labé[2]:
Je vis, je meurs, je me brûle et me noie,
J’ai chaud extrême en endurant froidure,
La vie m’est trop molle et dure.
J’ai grands ennuis entremêlés de joie…
Si tout un chacun peut chercher le sens de son existence, le sentiment de la vie « désigne (quant à lui) l’affect qui traverse le corps vivant en tant qu’il n’est pas séparable de ce que le sujet peut en dire, seule voie sérieuse pour en faire l’épreuve et pour faire usage de son goût de vivre »[3]. Nous veillerons à l’illustrer par des vignettes cliniques témoignant des effets produits par la rencontre avec un analyste, quand elle redonne le goût de la parole et offre la possibilité de la nouer à la jouissance et au réel de la vie.
[1] Rollier F., Adolescents et parents déboussolés, Paris, L’Harmattan, 2024, p. 14.
[2] Labé Louise, Je vis, je meurs.
[3] Extrait de l’argument des J56 de Daniel Roy.
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