L’ACF à Rennes invite

Marie-Hélène Brousse,

Véronique Voruz,

et Marie-Hélène Doguet.

 

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« Bipolaire », « Hyperactif », « Haut-potentiel»…, loin de rester confinés dans la sphère de la psychiatrie ou de l’intime, ces noms font désormais partie du discours courant. Carrie Mathison, talentueuse agent de la CIA dans la série Homeland, s’en fait l’héroïne entre génie no-limit et auto-traitement. Plus proche de nous, ces mots d’une jeune femme, Lisa, en situent les enjeux, « un diagnostic rendrait ma souffrance légitime, mais je ne voudrais pas qu’on me serve un mot qui me ferait taire ».
Quels sont les effets sur les sujets de ces nouvelles nominations ? A quoi satisfont-elles ? Que nous disent-elles de ce qu’est l’« identité » (1) ? Si les identifications nous viennent traditionnellement de l’Autre sous la forme d’un « tu es », ces nouvelles nominations se présentent au contraire sous la forme d’un « je suis », réalisant une auto-nomination et s’accompagnent souvent d’un traitement du corps (2). Qu’il invente ses propres signifiants ou qu’il les trouve dans le discours contemporain, le sujet cherche à en faire lien social. Les signifiants du diagnostic en font partie, sans vraiment lui permettre d’échapper à l’effet de ségrégation qu’ils semblent combattre.
D’abord message à déchiffrer pour Freud, le symptôme résulte pour Lacan du nouage de l’être parlant à la parole et au corps et recèle un reste. C’est en ce point qu’il écrit ce qui ne peut pas se dire, là où la jouissance fait trou dans le savoir. Pour une part les sujets s’en arrangent, mais, à la suite d’un vécu d’effraction, ce symptôme peut se révéler impossible à supporter. Ils peuvent alors s’adresser à l’Autre pour en trouver la cause, la nommer et y donner remède.
Les sujets demandent au discours de la science de répondre de leur symptôme mais la perte de consistance de ce qui fait autorité, s’accompagne souvent d’une délocalisation du transfert. Sites internet et conversations généralisées sont alors les recours pour loger leur malaise. Dans un mouvement d’automédicalisation, les propos spontanés des patients ressemblent à s’y méprendre à la langue des médecins (3).
Le diagnostic, qu’il soit imposé, exigé ou produit par le sujet lui-même constitue un premier traitement de l’énigme du symptôme par le savoir. Le D.S.M. est l’instrument classificatoire qui prétend y répondre. S’appuyant sur une clinique descriptive puis sur la neurobiologie, il exclut le sujet au nom de la science. Actuellement contesté, il reste cependant un instrument puissant de gestion des populations et de la bioéconomie (4).
Le symptôme est politique, par la façon dont il s’installe dans le corps, dans la subjectivité et par le traitement qui lui est réservé. Y répondre par un savoir déjà là fait l’impasse sur le savoir à élaborer par le sujet. Le « je ne sais pas » de chacun, en lien avec son symptôme, offre la perspective d’un savoir nouveau, d’un savoir-y-faire. La psychanalyse depuis Lacan fait l’offre d’une parole dans le transfert pour cerner ce point d’indicible et, loin de le faire taire, elle redonne au parlêtre le pouvoir de nommer, de bricoler ses solutions singulières.

(1) Brousse M-H. « Politique des identités, politique du symptôme », Ornicar N°53, p.11-20.
(2) Brousse M-H. « Adolescents, sujets de désordres », Editions Michèle, 2016, p.163-180.
(3) Laurent Eric., « Quelques lignes d’avenir des impasses de notre civilisation », Actes du colloque L’insu des nouvelles gouvernances et les issues du désir, Rennes, 2013.
(4) Voruz V., « L’insurrection du symptôme », http://asreep-nls.ch/linsurrection-permanente.

Informations

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Amphithéâtre Marcel Simon, Faculté de médecine de Rennes 1, 2 avenue du professeur Léon Bernard, 35000 Rennes

Tarif : 40 euros, 30 euros étudiants et demandeurs d’emploi

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danolive@orange.fr

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