Cette journée d’étude du bureau de l’ACF en VLB, pôle de Rennes, sera l’occasion d’entendre converser des essayistes, des artistes, des psychanalystes et des cliniciens, le samedi 21 mars 2026 à Rennes.

Vidéo de présentation #1

Vidéo de présentation #2

NEWSLETTER FLOW : VERS LA JOURNEE D’ETUDE DU PÔLE DE RENNES :

Flow #1 – Vers la Journée d’étude du pôle de Rennes de l’ACF en VLB

Flow #2 – Vers la Journée d’étude du pôle de Rennes de l’ACF en VLB

Flow #3 – Vers la Journée d’étude du pôle de Rennes de l’ACF en VLB

Flow #4 – Vers la Journée d’étude du pôle de Rennes de l’ACF en VLB

Écho

Le 21 mars 2026 a eu lieu la journée du pôle de Rennes de l’ACF en VLB lors de laquelle le constat d’une parole de plus en plus déchaînée a pu s’interpréter au regard de l’éthique du dire. Elle fut une réponse politique à la propagande antipsychanalyse qui nous assaille.
Aux discours mortifères qui rêvent d’un individu réduit au fonctionnement d’un cerveau qu’on traiterait comme un organe malade, nous opposons l’incomparable, c’est-à-dire la manière dont chaque corps est marqué par la parole ; mais aussi la singularité de chaque histoire marquée par ses évènements, ses accidents de la vie.
À l’ère de la promotion du moi, de l’individualisme, on s’imagine que tout peut être dit. C’est, d’une certaine manière, se couper de l’Autre, faire fi des conséquences, nier toute altérité, mais c’est aussi méconnaître l’équivoque de la langue, le malentendu et la manière dont un reste incalculable et singulier nous échappera toujours.
Nous avons invité Juliette Taillandier à écrire un écho de cette journée. Elle nous livre là le vif de ce que tous nos intervenants ont pu nous transmettre, nous enseigner.
Michèle Le Masson Maulavé
Pour le bureau du pôle de Rennes de l’ACF en VLB

Une parole juste, un reste à désirer

Juliette Taillandier
Face au déchaînement de la parole, quelle éthique du dire ? Sans remettre en question la liberté d’expression, cette journée d’étude venait interroger la parole qui, déchaînée, emporte avec elle des effets de dérive, s’excluant du discours qui organise le lien social. Du fantasme d’un tout-dire, la parole s’épargnerait ses conséquences et porterait une toute vérité. Face au déni contemporain de la trace du langage et du réel comme impossible-à-dire, la psychanalyse dégage une issue : celle d’un bien-dire, laissant place à un reste. Les flèches cliniques présentées par Sane Thireau, Amélie Civel, Gabrielle Ombrouck et Inda Methnani ont mis en évidence une orientation possible. Lorsque la parole est dé-chaînée, désarrimée du lien social, coupée de l’équivoque, la perspective n’est pas de tout dire, mais de viser un rebranchement à l’Autre et au langage dans un discours sur-mesure. L’analyste s’enseigne de ce qui ne se dit pas, à la différence de l’intelligence artificielle, et raccroche le sujet en voie de disparition.

La parole de haine et son objet
Quand elle se dit, la haine se présente comme une parole déchaînée particulièrement saisissante. Des réseaux sociaux aux discours politiques, elle vise peut-être plus que jamais l’annihilation de la psychanalyse. De sa thèse, Sarah Abitbol relève que la haine, sous les traits de l’antisémitisme, n’est pas sans lien avec l’histoire de la psychanalyse. Confronté au pire du nazisme du XXe siècle, Sigmund Freud situera la haine comme conséquence d’un surmoi féroce : un pousse-à-jouir, relève Jacques Lacan. Dans l’antisémitisme, elle vise ce qui dans l’autre juif est tenu pour responsable d’un renoncement, ce « jouir de la vie » qui se présente comme marque d’altérité. Rien de la parole haineuse n’invite à la discussion ; dans une vérité qui se voudrait toute, elle ne peut mener qu’à la ségrégation. Si la judéité et la psychanalyse se présentent comme objets de haine, c’est qu’elles refusent cette exigence d’universalité, cherchant à s’en protéger.

Vers une déliaison dangereuse
Gérald Garutti relève que le déferlement actuel de paroles fait signe d’un lien social qui se désagrège vers « une déliaison dangereuse ». Les réseaux sociaux s’offrent comme des espaces où tout pourrait se dire sans conséquence. Pour autant, cette liberté de la parole tend vers une attaque accrue et sans vergogne à l’endroit de l’autre ; une déclaration de haine. Débranchée de l’Autre, la parole déchaînée fait effraction et troue ce qui du discours tient le lien social. La « société des écrans » dans laquelle nous sommes laisse entrevoir le pire d’une parole qui ne trouve plus à se silencier, scansion qui semble pourtant nécessaire pour s’entendre parler. Si la haine s’y dit, c’est qu’elle y trouve un Autre abstrait, sans voix ni corps, souligne Carolina Koretzky. De ce danger se dégage une éthique : tout ne se dit pas et ne peut se dire. La parole a une responsabilité, non du côté d’un dire vrai, mais d’un dire juste.

Je suis ce que je dis
Là où la parole perd aujourd’hui de sa consistance, certains sujets s’en saisissent pour s’affirmer dans une vérité immuable. Très présente sur les réseaux sociaux, cette revendication s’étend aussi au théâtre contemporain, souligne Isabelle Barbéris, passant du régime d’épreuve de la parole à l’autodéclaratif. Les pièces de Marivaux montrent pourtant combien la scène peut être un lieu d’épreuve du dire ; la parole s’y risque, ne s’entendant que dans son écart à elle-même et son adresse à l’endroit d’un autre. Le théâtre contemporain tend vers un spectacle davantage identificatoire : la parole se vaut pour elle-même, sans reste. Bouchant jusqu’à l’écart des corps dans le surinvestissement du nez de scène, ce collage de l’énoncé et de l’énonciation produit un appauvrissement du dire, « une clôture du signifiant » et une déperdition de l’acte dans un énoncé-signature, pour reprendre les mots d’Isabelle Barbéris.

Le bien-dire face au fantasme d’un tout-dire
« Je dis toujours la vérité : pas toute, parce que toute la dire, on n’y arrive pas [1]. » Le déchaînement actuel de la parole relève d’un déni : celui d’une parole inconséquente et d’un dire porteur d’une vérité refusant l’interprétation. C’est le fantasme moderne d’un tout dire. Un premier impossible tient à la structure du langage, fondement de l’ordre symbolique et trace affectant le corps. Un second à l’incapacité du signifiant à dire le réel. Face à cet idéal, l’éthique du bien-dire propose, tant pour l’analyste que l’analysant, de se faire responsable de son dire dans ses conséquences, en laissant place à une vérité qui ne peut que se mi-dire. Il n’est pour autant pas question que l’analyste ait pour parole une toute transparence, rappelle Carolina Koretzky. Face au réveil suscité par la rencontre avec la psychanalyse, il s’agit de préserver une certaine opacité, zone de l’insaisissable et de l’ininterprétable.

[1] Lacan J., « Télévision », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 509.

Informations

Le samedi 21 mars 2026 de 9h à 17h30, à la Maison des Associations à Rennes
Entrée: 40 €
Étudiants et demandeurs d’emploi: 20 €