Lecture du cours de Jacques-Alain Miller : L’Un-tout-seul.

par Jean Luc Monnier et Pierre-Gilles Gueguen

Nous nous étions proposé l’année dernière de lire le dernier cours de Jacques-Alain Miller, mais sa densité, sa précision, l’étendue de ses références a ralenti notre progression de telle manière que nous poursuivrons notre lecture l’année prochaine, et ce en compagnie de Pierre-Gilles Guéguen qui nous fait le plaisir de se joindre à nous.

Du fait des contraintes sanitaires le séminaire s’est tenu par ZOOM de janvier à juin l’année passée. Alice Delarue et Caroline Doucet ont soutenu notre effort par leurs commentaires et leurs questions acérées et toujours justes, rompant ainsi avantageusement l’aridité d’un exposé en visio.

Cette année nous aurons le plaisir de nous retrouver en présence, mais nous reconduirons la formule car elle permet d’élargir l’empan du propos et de faire résonner des points d’actualité : l’identité, l’écriture inclusive, les questions de genre.

Le titre initial donné par Jacques-Alain Miller était l’Être et l’Un. « Il changera ce titre en vue de sa publication. »[1] et nous avions souligné dans notre argument de L’année dernière que dire L’Être et l’Unaffaiblit, d’une certaine manière, le parcours de cet enseignement en faisant du symbolique et du réel des partenaires de même poids qui voyageraient de conserve. l’Un tout seul qui est donc le titre définitif de ce cours précise d’une manière beaucoup plus sensible le point sur lequel se conclut l’enseignement de Lacan.

Notre lecture des 6 premiers cours nous a permis de vérifier que l’expérience analytique ne place plus à son horizon de rejoindre « la subjectivité de son époque » mais plutôt d’éprouver dans le corps au-delà des moires mortifères de l’imaginaire et du signifiant dont on se fait un destin, ce détachement de l’Autre qui fait événement : événement de corps. Et ainsi que la jouissance qui s’y condense n’est plus la jouissance interdite, prise dans une dialectique à l’image du désir mais une jouissance traumatique, contingente, de pur hasard [dont] le principe du régime est la jouissance féminine.[1]

Il y a un au-delà de la traversée du fantasme qui se trouve alors renvoyé du côté de l’être, de l’ontologie ; son poids de réel initial n’étant dû qu’à l’ignorance du sujet de ce qui le cause.

L’année passée nous avons commencé d’éclairer le trajet que fit Lacan de l’ontologie à l’hénologie au fur et à mesure que s’avère l’existence d’un réel définitivement hors-sens, sans loi,  finalement «  à la conjonction du signifiant, du S1 et de la jouissance. »[1] Ce qui est au fond l’enjeu de ce cours.

Nous avions formulé, au commencement de notre lecture, une hypothèse sous la forme d’une apparente contradiction : l’égalité des consistances fait du Réel du Symbolique et de l’Imaginaire des partenaires à parts égales en terme de fonction dans le nouage borroméen, mais Jacques-Alain Miller ne montre-t-il pas aussi dans ce dernier cours, que L’Un tout seul spécifie la prévalence de l’un (le réel) par rapport à l’autre (le symbolique), à écrire alors : prévalence de l’Un par rapport à l’Autre ?

Cette « Aufhebung » est désormais notre horizon pour cette année.

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[1] Hellebois Philippe, en ligne : http://jonathanleroy.be/wp-content/uploads/2016/01/Philippe-Hellebois-LUn-tout-seul.pdf

2 Miller Jacques-Alain, L’Un tout seul, cours donné dans le cadre de l’Université Paris VIII, leçon n°5, 2 mars 2011. Non publié.

3 Op.cit., leçon n°8, 23 mars 2011.