« Tout le monde est fou »

Tout le monde est fou [1], voici le fil conducteur que nous suivrons ces deux prochaines années.

Aphorisme célèbre de Jacques Lacan écrit en 1979 dans un court texte « Lacan pour Vincennes ! » pour défendre la faculté : « Comment faire pour enseigner ce qui ne s’enseigne pas ? Voilà ce dans quoi Freud a cheminé. Il a considéré que rien n’est que rêve, et que […] tout le monde est fou, c’est-à-dire délirant. [2] » Et ce qui ne s’enseigne pas, c’est le réel face auquel chaque sujet a à se débrouiller.

Ainsi, ce Tout le monde est fou résonne tel un slogan, celui d’une revendication contemporaine, d’un « tous différents, tous égaux » où le singulier rejoint l’universel. Il ouvre aussi sur un paradoxe, car « tout le monde est fou » se poursuit par « c’est-à-dire délirant ». Jusque-là, le délire était considéré dans la psychose comme une de ses manifestations majeures. Le névrosé, lui, ne délire pas au sens  psychiatrique et classique du terme. Qu’est-ce-à dire ? Que tout bricolage est un délire ? Que tout discours est un délire ? Que toute fiction n’est que réponse à la confrontation du sujet à un réel hors-sens et inintelligible ?

Comment comprendre cette généralisation du délire dans notre société ? Celle qui, aujourd’hui ne s’appuie plus sur le Nom du Père, sur la structuration œdipienne d’antan… La clinique va nous ouvrir la voie…

La « folie dans/de la langue » : c’est dans la langue, le langage et les signifiants véhiculés qu’il s’agit de débusquer ce particulier. Le discours Woke, les Fake news, la montée du conspirationnisme nous indiquent que c’est dans la langue qu’un montage imaginaire s’opère.

La « folie Neuro » : elle repose sur une croyance universelle du « pour tous pareil » qui réduit les humains à leur cerveau, là où la psychanalyse fait exister le « pour chacun », au un par un.

La « folie de l’Autre » : l’étranger, en soi ou à l’extérieur de soi, fait surgir une peur généralisée sur fond de crise sociale… Le racisme, les discriminations en tout genre en sont les témoins.

Sans oublier « la folie climatique », où l’environnement et le climat, dans leur part traumatique et réelle font émerger de nouveaux signifiants : l’éco-anxiété, l’éco-féminisme, … qui se traitent de manière bien différente, souvent radicale.

Orientés par la psychanalyse lacanienne, son étude et ses connexions avec le monde, nous serons attentifs à la manière dont chacun déplie ses propres signifiants dans un discours qui n’est pas universel. Nous interrogerons donc notre époque et ces constructions singulières pour saisir ce « tout le monde est fou ».

 

Alexandra Boisseau-Marguerite

Pour le bureau du pôle d’Angers

Janvier 2023

 

 

[1] Miller J-A, « Tous le monde est fou » AMP 2024, La Cause du Désir, La femme n’existe pas, n°112, p 48-57.
[2] Lacan J., « Lacan pour Vincennes ! », Ornicar ?, n°17/18, printemps 1979, p. 278.

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