Le witz dans le titre du Forum, qui tient à une lettre, fait entendre comment, à l’heure actuelle, secret et transparence se rencontrent, voire se heurtent. Ils relèvent de deux discours qui s’opposent, le discours de l’analyste et le discours du maître. « Ce sont deux régimes logiquement distincts, indique Jacques-Alain Miller, [le premier] répondant à la logique dite du pas-tout, le second à la logique universelle. Or, entre des sujets répondant à des logiques différentes, il n’y a pas de rapport, ni de dialogue possible. On se parle, mais ce n’est pas un dialogue, c’est un malentendu. [1] »

La lecture que la psychanalyse peut proposer des discours contemporains est une manière de prendre en compte ce malentendu, ce ratage et d’introduire une dialectique. C’est l’indication précieuse de Lacan pour le psychanalyste de « rejoindre à son horizon la subjectivité de son époque [2] ». Mais la psychanalyse a aussi à certains moments, à franchir le seuil de l’imaginaire, pour répondre et « cogner […] de la bonne façon [3] ». L’Action lacanienne en fait son orientation et c’est sur cette voie qu’elle s’engage.

Pour ce numéro de Phénix, au cœur des discours modernes, Alexandre Gouthière situe les ressorts de la transparence dans la subjectivité contemporaine et la nécessité de l’opacité, constitutive du sujet. Quant à Corinne Perrot, elle cerne comment le regard omnivoyeur des technosciences et leurs applications sur le marché ne parviendront jamais à attraper le secret au cœur du parlêtre

Enfin, Sylvie Mothiron nous oriente vers les 56è Journées de l’École de la cause freudienne, qui auront lieu les 7 et 8 novembre prochains à Paris, sous le titre « Le sentiment de la vie ». Elle déplie l’un des grands secrets de la psychanalyse, celui qui concerne cet obscur objet qui cause notre désir.

Bonne lecture !

Marjolaine Mollé,
pour l’équipe de Phénix

[1] Miller J.-A., Théorie de Turin sur le sujet de l’École, Paris, Presses Psychanalytiques de Paris, p. 26.
|2] Lacan J., « Fonction et champ de la parole et du langage », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 321.
[3] Miller J.-A., « L’acte entre intention et conséquence », La Cause freudienne, n°42, mai 1999, p. 10.

© Photo(s) : Françoise Pétrovitch