Cycle d’étude 2026-2027 : Ce qui se dit, ce qui s’entend, dans la clinique sous transfert
Conférence d’Hélène Girard, psychanalyste, membre de l’ECF
Argument
Cette question s’avère clinique et éminemment politique, particulièrement en cette période d’attaque contre la psychanalyse, non sans lien avec la grande vague de restructuration des soins en santé mentale.
Face à la souffrance psychique, les dispositifs de parole se multiplient, l’invitation à parler se démocratise via le développement de lignes d’écoute et d’applications numériques, qui promettent un soutien psychologique en continu, par téléphone, SMS ou tchat. Pourtant, tous les spécialistes s’entendent pour dire que la santé mentale des Français ne cesse de se dégrader, au point d’en faire une grande cause nationale durant deux années consécutives. Posons-nous alors une question : de quoi un sujet qui souffre a-t-il vraiment besoin ? Que demande-t-il ?
D’être écouté ? Certainement, pourtant cela ne suffit pas. À quoi sert de parler si celui qui écoute ne fait rien de ce qu’il entend ?
Au-delà de l’écoute, il s’agit en effet d’entendre, c’est-à-dire tendre l’oreille à ce qui se dit et qui échappe au sujet. Pour le faire saisir, nous partirons de l’hypothèse de Lacan selon laquelle « la parole est obscurantiste »[1], c’est-à-dire que le sujet qui parle ne parvient jamais à dire « pleinement » ce qu’il veut dire. Un écart, un malentendu se loge entre ce qu’il veut dire, ce qu’il dit et ce que l’autre entend. Cette division, présente au cœur du sujet, n’est pas accessible d’emblée, elle requiert certaines conditions d’accueil que nous développerons. Ayons en tête que c’est précisément à cet endroit, dans cet intervalle, que se logent l’inconscient et la possibilité d’interpréter, mais que pour cela il faut l’instauration du transfert. À travers des vignettes cliniques extraites de la pratique, il s’agira de montrer comment l’orientation analytique repose sur des fondements solides à même de répondre à l’accueil et au traitement de la souffrance psychique. La psychanalyse lacanienne est avant tout une praxis, ce qui la rend très concrète et opérante, mais elle requiert que le praticien soit prêt à s’y engager, à y mettre sa mise. C’est ce que j’aurai à cœur de démontrer.
Hélène Girard
[1] Lacan J., « Dissolution », Aux confins du Séminaire, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Navarin éditeur, coll. La Divina, 2021, p. 67.
Informations
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