Conférence de Dalila Arpin, psychanalyste, membre de l’ECF.

Rire de soi-même implique d’être capable d’auto-critique bien que cela puisse aller parfois jusqu’au mépris de soi cruel et sans pitié. « Cette tendance à s’auto-humilier relève d’un masochisme mis à nu et son mécanisme est comparable à celui de la mélancolie » (1) . Mais cela suppose l’existence d’un autre qui, par son rire, valide le comique de l’affaire. Et si l’auto-dérision relevait plutôt de l’affranchissement du regard et du jugement de l’Autre ? Si c’était, en revanche, une façon de s’affirmer au-delà des conventions ?
Nous allons examiner les ressorts intimes à l’œuvre dans l’auto-dérision.

(1) Caroz, G., « L’humour juif », Mental n° 59, Revue du Champ Freudien, 2024, p. 148.

Echo d’Angers

Usages de l’autodérision

Elsa Defossez-Parmé

Le samedi 17 janvier 2026, nous avons eu le plaisir d’accueillir Dalila Arpin pour une matinée consacrée à l’autodérision. Cette rencontre s’inscrivait dans une séquence entre les 55es Journées de l’École de la Cause freudienne consacrées au « Comique dans la clinique », et le 15e Congrès de l’AMP(1) autour de l’énoncé lacanien : «Il n’y a pas de rapport sexuel(2)».

Le travail préparatoire, mené à plusieurs, a permis de repérer que l’autodérision, bien qu’omniprésente dans les discours contemporains, demeure relativement absente dans les enseignements de Freud et de Lacan. Le propos de D. Arpin a déplacé la question : à quoi l’autodérision peut-elle servir pour un parlêtre, et sous quelles conditions opère -t-elle ?
D. Arpin a proposé plusieurs usages : l’autodérision peut être un traitement de la mélancolie en soutenant un dire sur le moi. Elle est aussi une subversion du rapport au monde, en visant le manque dans l’Autre par l’absurde. Enfin, faire usage d’autodérision suppose de pouvoir céder sur sa belle image. D. Arpin a précisé que ces différents usages ne s’excluent pas les uns les autres. Ils peuvent se combiner selon le principe de non-contradiction propre à l’inconscient, illustré par Freud dans sa reprise de l’apologue du «chaudron troué(3)».

Le propos de D. Arpin a été constamment éclairé par des exemples empruntés à la culture, à l’art et à la clinique : les styles d’humours s’y sont entrecroisés et il a aussi été question de cinéma, de Charlie Chaplin, etc. Cette matinée a mis en évidence que l’autodérision n’a rien d’universel : elle se déploie de façon singulière, dans des registres privilégiés, et relève d’un usage propre à chacun. Elle peut constituer, pour certains sujets, une tentative de traitement du réel.

En ce sens, l’abord du thème de l’autodérision permet de rendre compte de la vitalité de la psychanalyse orientée par le réel, car elle s’intéresse aux inventions singulières par lesquelles un parlêtre peut, parfois, trouver à se loger dans le lien social.

1. Association mondiale de psychanalyse (Lien vers le site du 15e Congrès).
2. Lacan J., « L’étourdit », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 464.
3. Freud S., Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient, Paris, Gallimard, 1992, p. 442.

 

Quelques points vifs d’une vive conférence

Geneviève Briand

Dalila Arpin est venue parler à Angers sous le titre « L’autodérision, traitement de la mélancolie ou subversion du rapport au monde ? ». Dépliant ces deux aspects de l’autodérision, la conférencière y a ajouté une troisième hypothèse : un rapport à l’image qui supporte de céder sur l’idéal de cette image. Le propos, original et convaincant, fut de finalement faire tenir ensemble ces trois possibilités : l’autodérision requiert une certaine distance à sa propre image, elle contre un Autre prépondérant en s’en défendant, et c’est aussi en introduisant un Autre sans référence ultime que cette défense peut se faire. Quand l’humour touche à l’absurde, par exemple.

D. Arpin a offert une lecture précise et innovante d’une certaine continuité entre l’imaginaire version jubilation du stade du miroir et l’imaginaire du dernier enseignement de Lacan incluant le parlêtre et l’adoration du corps. Nouvel éclairage qui étonne et réveille.

L’énonciation de D. Arpin, faite de verve et d’élan joyeux, contribue au réveil et à l’enthousiasme. Mêlant éléments de sa passe ou moments éprouvés de sa langue étrangère, elle ne s’égare pas hors du sujet. Elle percute au contraire, en projetant par exemple des extraits très à-propos du film Annie Hall de Woody Allen, ou en émaillant son propos de blagues, pour aider à saisir ce qui se traite dans l’humour. D. Arpin enseigne en même temps qu’elle amène le rire, faisant de cette matinée un moment vif et marquant.

D. Arpin a conclu en remerciant l’équipe de l’ACF à Angers qui avait préparé sa venue, et a notamment mis en valeur la qualité de chacune des questions posées. Ce fut effectivement un autre temps vif, offrant des échanges animés et des rebonds toujours féconds. Un beau moment de psychanalyse partagée.

 

Informations

Musée des Beaux-Arts

14 rue du Musée

49100 Angers

10 euros/5 euros

Contact

acfenvlbangers@gmail.com