Alexandre Gouthière,
pour l’équipe de Phénix
Dans sa conférence sur la féminité, Freud aborde ce qu’il nomme, non pas le secret, mais « l’énigme de la féminité [1] ». Le terme qu’il emploie en allemand est celui de rätsel, que l’on peut aussi traduire par mystère. Un mystère est un secret d’un type particulier, un secret que personne ne détient, dont personne n’a la clé, inaccessible à la raison humaine. Un mystère est en quelque sorte un secret au carré.
Les hystériques témoignent de ce mystère en parlant avec leur corps. Leurs symptômes articulent une question sur l’être féminin. Or pour Freud, le mystère en question concerne le désir féminin. Il n’interroge pas l’essence du féminin, vis-à-vis duquel la psychanalyse serait bien en peine de répondre. Il se demande comment une femme « le devient », à partir des « dispositions bisexuelles » [2] de la libido infantile.
En effet, la cure de Dora révèle que, fondamentalement, le mystère en question pour elle est celui de sa jouissance, qui l’agite en son corps. C’est ce que Lacan évoque à son propos lorsqu’il pointe « le mystère de sa propre féminité, […] de sa féminité corporelle [3] ». Les textes de Solenne Leblanc et Célie Gérard de ce numéro de Phénix en témoignent avec subtilité.
Au-delà, la cure de cette jeune femme nous enseigne encore aujourd’hui que ce problème est l’affaire de tout parlêtre. Dans son existence, chacun s’affronte à une bizarrerie au cœur même de la sexualité, quelque chose qui pousse et cherche à se satisfaire à tout prix, une demande à la fois impérative et insatiable, qui, par-delà les idéaux et les conventions sociales, n’a pas d’autre finalité pour le corps que de « se jouir [4] ». À cet endroit, chacun doit alors prendre position.
Ce sont les femmes qui nous ont appris ce grand secret, avec Freud. Lacan a poursuivi cette voie, en mettant cette découverte au service de l’expérience analytique et de sa fin. C’est ce que met finement en exergue le texte d’Emmanuelle Borgnis Desbordes à travers son questionnement sur le statut de la pudeur aujourd’hui, vertu hautement féminine [5].
Bonne lecture !
[1] Freud S., « La féminité », Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, Paris, Gallimard, 1984, p. 151.
[2] Ibid., p. 156.
[3] Lacan J., « Intervention sur le transfert », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 220.
[4] Miller J.-A., « Le sexualité, c’est compliqué mais », Une histoire de psychanalyse, France Culture, 15 juin 2005, disponible sur internet.
[5] Freud S., « La féminité », op. cit., p. 177.
© Photo(s) : Thierry de Gueyer