Cécile Cappelle

L’injonction au diagnostic

Établir un diagnostic précoce est maintenant la clé de voûte de la nouvelle clinique de l’enfant, diagnostic qui viendrait caractériser « son fonctionnement » et dire sans ambiguïté les mesures à mettre en place par tous ses partenaires, y compris les parents, les enseignants, etc. Préserver le lieu du secret, fondement de la déontologie médicale, est en voie de devenir caduc en ce qui concerne les enfants.

Devenu objet de consommation, le diagnostic doit être communiqué au plus tôt et à tous ceux qui entourent l’enfant, qui le réclament non sans agressivité et suspicion vis-à-vis du médecin quand il tente de rappeler la complexité de la question. En la matière, la science est convoquée, présentée comme vérité indiscutable. Le savoir est aux commandes, et chacun est sommé de s’y soumettre, cliniciens, parents, enseignants, et l’enfant lui-même. Ce savoir unifie, homogénéise les troubles de l’enfant et évacue la question de ce qui trouble celui-ci au plus intime de lui-même.

L’impuissance du diagnostic

Pourtant ces diagnostics tant attendus sont souvent discrédités dans le même mouvement par ceux qui les réclament, car ils échouent à répondre à ce qui fait énigme pour les partenaires de l’enfant, et pour l’enfant lui-même. Celui-ci se défend souvent de l’assignation qui s’impose à lui et qu’il n’a pas demandée, ou se retranche derrière elle pour se dédouaner de toute responsabilité quant à ses actes. Les critères des différents diagnostics proposés ne permettent pas de rendre compte de ce que l’enfant rencontre subjectivement. En effet, au-delà de la nosographie du moment, l’enfant, en tant que sujet de l’inconscient, a affaire à ce qui reste le plus secret à lui-même, ce qui ne peut se dire et qui l’agite.

Comment permettre que cette quête de diagnostic puisse trouver un usage pour les sujets concernés eux-mêmes ?

Le secret du transfert

La conversation avec le médecin peut être une opportunité pour tenter de cerner une part du réel qui surgit pour chacun, enfant ou parent. Le secret de la consultation offre au sujet la possibilité d’énoncer sa souffrance, de ne pas comprendre ce qui lui arrive, et d’adresser sa demande au savoir qu’il suppose au médecin avec ses propres signifiants. Le transfert entre en jeu et le médecin se trouve alors en place de sujet supposé savoir, qui est à considérer comme une fonction. Comme l’indique Lacan à l’intention du psychanalyste, « il est clair que du savoir supposé, il ne sait rien », ce qui compte c’est « ce qu’il a à savoir » et qu’il doit tenir « en réserve » [1]. En s’orientant de cette position, c’est-à-dire en mettant en réserve le savoir médical, un diagnostic, en tant que signifiant parmi d’autres, peut s’inscrire comme signifiant du transfert [2]. Il s’agira alors pour le médecin d’ouvrir la question à un usage possible de ce signifiant.

Un diagnostic, pour qu’il porte à conséquence, doit agrafer une part de la jouissance en jeu pour permettre au sujet d’élaborer un savoir nouveau qui le concerne intimement. Il ne porte aucune solution a priori : chaque sujet aura à produire son propre savoir y faire avec ce qu’il rencontre.

[1] Lacan J., « Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’École », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 249.
[2] Cf. ibid., p. 248.

Illustration : ©Stéphanie Gédouin