Nous vivons dans un monde dominé par le champ visuel, l’époque est au règne de l’image. Ceci s’accompagne d’une foi en son pouvoir : tout pourrait possiblement être vu, mis au jour, dévoilé. C’est ce dont témoigne la fascination actuelle pour l’imagerie cérébrale, avec laquelle on pense percer le secret de la clocherie des êtres parlants. C’est l’illusion que rien n’échappera au pouvoir de l’œil et que, grâce à lui, ce qui relève fondamentalement de la division subjective disparaîtra. Cette croyance est au cœur de l’exigence contemporaine de transparence.
Or Armelle Guivarch nous démontre que soumettre les sujets à l’avidité de l’œil d’un Autre qui pourrait tout voir n’est pas sans effet dans la clinique. En outre, cette exigence de transparence ne conduit-t-elle pas plutôt à éliminer ce point fondamental dans le champ visuel : le fait, comme le dit Lacan, que « nous sommes des êtres regardés dans le spectacle du monde [1] » ? À ce propos, Joyce Trébuchet nous montre que l’insupportable de ce qui, dans le monde, nous regarde doit rester voilé. Enfin, cette satisfaction de l’avidité de l’œil via le champ visuel se manifeste aujourd’hui aussi dans la façon dont les sujets se mettent en scène, dont ils se font regarder. En effet, Thomas Kusmierzyk déplie comment le regard en question dans l’affaire ne troue pas l’image, puisqu’il ne fait plus honte.
À suivre Jacques-Alain Miller : « Le secret de l’image, le secret du champ visuel, c’est la castration [2] », alors deux questions se posent à nous. L’omniprésence de cet œil, via les objets de la technologie, aboutit-elle véritablement à un dévoilement ? Ou, au contraire, ne viendrait-elle pas voiler la castration et la division subjective ? En multipliant les possibilités du champ visuel, on ne fait probablement que masquer la schize de l’œil et du regard dans l’image.
Bonne lecture !
[1] Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse, texte établi par J.?A. Miller, Paris, Seuil, 1973, p. 71.
[2] Miller J.-A., « L’image du corps en psychanalyse », La Cause freudienne, n° 68, mars 2008, p. 100.
Alexandre Gouthière et Marjolaine Mollé
Pour l’équipe Phénix