Christophe DAADOUCH

Christophe Daadouch, notre invité pour le Forum Campus Psy, est docteur en droit public. S’il fut d’abord enseignant à l’université, il se tourne rapidement vers les institutions sociales et médico-sociales en y devenant formateur. Car c’est un droit concret et pragmatique que Christophe Daadouch promeut dans le cadre de ses formations et de ses publications. Loin de toute idéalisation du discours juridique, il s’agit de tenir compte du droit… et de ses limites.

La règle ne peut tout régler et il convient parfois de « ne pas se cacher derrière la loi [1] », avance-t-il. Le droit s’interprète et il en va, dans l’interprétation, d’un acte, non sans risque ni invention. Se méfier des bonnes intentions est manifestement, pour Christophe Daadouch, une orientation majeure pour une politique du secret à l’heurt de la transparence.

La question du secret intéresse Christophe Daadouch qui interroge l’exigence actuelle de transparence par son envers : « Que reste-t-il comme espace de silence, de secret et d’intimité ? [2] ». Il ouvre ainsi la réflexion sur une tyrannie du tous-pareil, qui en refusant au sujet « sa part d’ombre » et « la possibilité qu’il doit avoir de ne pas se livrer entièrement » [3] peut dénier la subjectivité et la rencontre.

La conversation avec Christophe Daadouch éclairera ce qu’il en est, aujourd’hui, de la législation sur le secret, sans omettre de nous aider à lire le paradoxe actuel d’un secret qui va de pair avec le « partage d’informations ». Le droit multiplie en effet les dispositifs de « partage d’informations » entre des professionnels soumis au secret professionnel. L’expansion du secret se répand donc en même temps que les cercles de partage des informations secrètes.

Le Forum Campus Psy explorera ainsi les impasses et les enjeux suscités par le secret professionnel aujourd’hui, pour les « psys » et au-delà, notamment les travailleurs sociaux. Le partage d’informations pense possible de tout savoir et tout dire. Or le droit se fonde sur ce que Christophe Daadouch nomme le « droit à l’oubli » : pierre d’angle de l’instruction, de l’audience ou encore de la réinsertion, l’absence de préjugé laisse sa chance à la contingence : il s’agit de « permettre aux usagers d’être reçus […] avec un voile d’ignorance, seul gage d’une réelle objectivité [4] ».

Pour Christophe Daadouch en tout cas, le secret professionnel est gage de crédibilité de certaines professions chargées d’une « fonction sociale [5] » éminente : la confidence suppose le secret. Le droit aménage certes des exceptions, à envisager selon une casuistique soutenue par une éthique. La discussion du 10 octobre à Nantes sera l’occasion de faire résonner cette éthique sociale avec l’éthique propre de la psychanalyse.

François Brunet & Adeline Suanez

[1] Daadouch C., « Les personnes qui font la loi ne connaissent pas toutes les réalités de terrain », La Gazette des communes, 24 février 2025, p. 50.
[2] Daadouch C., « Les 12 commandements du partage d’informations », Les cahiers dynamiques, n° 75, 2019, p. 47.
[3] Ibid., p. 46.
[4] Ibid., p. 48.
[5] Daadouch C., Verdier P., La protection de l’enfance. Un droit en mouvement, Berger Levrault, 2023, p. 123.

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