© Photo(s) : Céline Danloy

Édito

Le secret de famille, quelle affaire !

­
Les romans autobiographiques et autofictionnels font la part belle aux secrets de famille. Un secret, de Philippe Grimbert, permet de saisir le secret comme savoir insu, qui oriente la vie d’un sujet. Enfant, l’auteur s’est construit un frère imaginaire, et c’est fortuitement qu’il va découvrir ce que son père a tu : d’une première union, est né un fils, mort à Auschwitz. L’auteur a cette belle formule : « Le lendemain de mes quinze ans, j’apprenais ce que j’avais toujours su [1] ».

Mais le secret de famille ne se limite pas au non-dit, à ce que l’on tait et qui se transmet d’une génération à l’autre. Il réside avant tout dans la question de l’enfant sur la jouissance des parents [2] et en particulier dans le « scandale [3] » que constitue pour un enfant la découverte de la femme dans la mère. Ce point est brillamment illustré par Stefan Zweig dans son roman Brûlant secret. Alors qu’il séjourne dans un hôtel des Alpes autrichiennes avec sa mère, Edgar cherche à percer le secret de la relation que sa mère entretient en cachette avec un baron. Il n’est pas dupe et pressent que ce secret concerne la raison pour laquelle les grandes personnes « ferment leur porte la nuit [4] ». Avide de savoir, il veut éclaircir ce mystère, à tout prix, jusqu’au passage à l’acte.

Vous découvrirez, dans ce numéro hors-série de Phénix, trois contributions sur la question du secret de famille dans les romans. Guilaine Guilaumé démontre, par sa lecture de La Maison vide de Laurent Mauvignier, que le secret constitue un point irréductible de ce qui unit une famille. Quant à Déborah Allio, elle explore avec le roman de Philippe Besson, Une pension en Italie, la question du mensonge et du secret. Enfin, Alexandre Gouthière ouvre à la question du secret dans l’acte, à partir du roman d’André Malraux, Les Noyers de l’Altenburg.

Bonnes lectures estivales !

[1] Grimbert P., Un secret, Paris, Grasset, 2004, p. 72.
[2] Cf. Miller J.-A., « Affaires de famille dans l’inconscient », Lettre mensuelle, n°250, juillet 2006, p. 9.
[3] Miller J.-A., « Mèrefemme », La Cause du désir, n°89, mars 2015, p. 122.
[4] Zweig S., Brûlant secret, Paris, Le livre de poche, 2019, p. 70.

Marjolaine Mollé

Pour l’équipe Phénix

Lire sur le site de l’ACF-VLB
­

Secrets de famille

Guilaine Guilaumé
© Photo(s) : Céline Danloy
­
Dans notre époque hyperconnectée, l’injonction à la transparence traverse tous les domaines de nos vies, jusqu’aux plus intimes, familiaux, qui s’affichent sur les réseaux sociaux. La production littéraire contemporaine fait aussi flores en dévoilant les histoires de famille, parfois jusqu’à la crudité. La Maison vide [1] fait exception…..
­
Lire la suite

Un secret en héritage

Deborah Allio
© Photo(s) : Céline Danloy
­
Dans La Maison vide [1], Laurent Mauvignier tente de cerner l’énigme entourant sa grand-mère maternelle effacée, dont on ne parle plus, en adoptant une écriture dense, faite de longues phrases sinueuses, comme pour montrer la tension autour du secret de famille et l’impossibilité de le formuler clairement…
­
Lire la suite

Le secret d’un acte

Alexandre Gouthière
© Photo(s) : Céline Danloy
­
Les Noyers de l’Altenburg, écrit et publié en 1943 pendant l’Occupation, est le dernier roman d’André Malraux. Il marque un tournant dans son œuvre, puisque par la suite celle-ci prendra la forme d’une réflexion philosophique et humaniste dans ses essais et, plus largement, dans son engagement politique.
­
Lire la suite