En quoi l’art et les artistes intéressent-ils le psychanalyste ? Éric Laurent nous donne sur cette question une indication précieuse : « L’analyste […] suit [l’artiste] comme son ombre, pénétré de l’idée [qu’il] est le héraut du malaise dans la civilisation. Il pressent et annonce ce qui ne se montre que voilé[1] ».
Les textes de ce numéro de Phénix rendent sensibles cette thèse forte. Les artistes et les œuvres dont il est question ici interrogent en effet le rapport du sujet à l’image et ce qu’elle voile. Ils nous offrent un aperçu sur le point aveugle qui existe pour chacun dans sa représentation du monde, point qui touche à ce que le sujet est lui-même comme objet irreprésentable dans ce monde.
Marjolaine Mollé examine avec finesse comment le travail de Gerhard Richter s’attache précisément à cerner ce point hors champ. Quant à Emmanuel Provost, il nous invite à une lecturedu Double de Dostoïevski comme un témoignage de la part extime qui gît en chacun. Enfin, Jana Büttner, interviewée par Nathalie Marion et Marjolaine Mollé, nous livre avec générosité un des pressentiments qui animent sa démarche artistique : l’image du corps voile le fait que celui-ci, comme la subjectivité, se soutienne d’un subtil équilibre.
Bonne lecture !
[1] Laurent É., « Styles de vie », La Cause freudienne, n°25, septembre 1993, p. 3.
L’œuvre de Gerhard Richter, artiste allemand majeur de notre époque, est multiple : peintures, images numériques, sculptures, dessins au crayon, etc., mais le fil de son travail s’oriente d’une recherche sur la question de la représentation. Son but est de « donner une image du monde[1] ». Il utilise pour cela un procédé artistique entre figuration et abstraction, entre flou et effacement, qui maintient un voile, sur la représentation. Alors en quoi la démarche singulière de Richter nous enseigne-t-elle sur l’irreprésentable ? …
Publié en 1846, Le Double surprend par son atmosphère hallucinatoire où affleurent déjà plusieurs thèmes majeurs de l’œuvre de Dostoïevski : l’humiliation, le regard des autres, la honte. Comment la figure du double révèle-t-elle que le secret n’est pas ce que le sujet cache, mais ce qui lui échappe radicalement ?
Goliadkine, le personnage principal du roman, ne dissimule ni crime ni complot. Le secret est ici d’une autre nature : un point obscur qui finit par revenir dans le réel sous une forme autonome et menaçante…
Sculpter le corps vivant – Interview de Jana Büttner
Nathalie Marion et Marjolaine Mollé
Jana Büttner
Née en 1997 à Salzbourg, Jana Büttner est une sculptrice allemande, qui travaille principalement à Florence, où elle a étudié la sculpture. Ses œuvres sont exposées notamment à la Galerie Calderone, à Dinard. Son travail témoigne de sa recherche…