Une nouvelle bataille clinique

 

Résolument clinique et politique, ce numéro d’Accès à la psychanalyse accompagne le Forum organisé par l’acf-vlb et les Sections cliniques en septembre 2017 à Nantes sous le titre « Efficacité de la psychanalyse à l’ère numérique – Le sujet sous la loi du nombre ».

 

Depuis l’année 2003, marquée par l’affaire de l’amendement Accoyer visant à réglementer le champ des psychothérapies, certaines personnalités politiques ne cessent de vouloir légiférer dans le champ de la santé dite mentale pour écarter la psychanalyse des réponses apportées aux patients et à leur famille. Plus récemment, en 2016, la proposition de résolution du député Daniel Fasquelle tentait de proscrire l’approche analytique dans le traitement de l’autisme. Elle fut rejetée par l’Assemblée Nationale, perçue par beaucoup comme une loi liberticide. Qu’il faille chaque fois défendre la psychanalyse et se mobiliser, les psychanalystes d’obédience lacanienne et au-delà ont toujours répondu présents. Démontrer par l’expérience clinique la pertinence de l’orientation freudienne et lacanienne, tout en décryptant également les stratégies de rejet de nos adversaires… en somme, ne pas s’offusquer ni brandir l’étendard de la psychanalyse, mais dire et faire valoir sa visée au cas par cas, ainsi que son intérêt et sa place dans la cité, tels sont les enjeux de ce nouveau dossier.

 

En ouverture, Éric Laurent nous sensibilise au discours de la bureaucratie sanitaire actuelle. Elle s’appuie sur l’extension des « centres experts », nouvelles plateformes diagnostiques uniquement basées sur des données statistiques. Elle aboutit à la formulation de recommandations et de stratégies de prévention, sans donner pour autant de perspective concrète quant à l’accompagnement des patients. Pour répondre à cette version high tech du discours du maître, Marie-Hélène Brousse nous engage dans « un combat amené à devenir constant ». Face à ce qu’elle nomme Lascience, rabattant la vérité du sujet à un sens normé, elle oppose l’idée d’une science analytique réaliste qui vise justement à saisir ce qui échappe : les émergences du réel et leurs effets de jouissance.

 

Les textes qui complètent ce dossier témoignent en acte de la nécessité de la présence du discours analytique dans les institutions et au-delà, contre la tendance généralisée à l’asepsie des pratiques et la désaffection du sujet. Ils se déclinent dans le champ de l’autisme, introduit ici par Myriam Chérel ; de l’enfance et l’adolescence, avec notamment un texte de Jean-Pierre Rouillon sur le passage à l’acte, et un autre de Danièle Olive, qui parie davantage sur le ratage que sur la promesse du bien-être des jeunes ; de la psychiatrie aussi, avec le témoignage de Bernard Porcheret. Tous les auteurs soutiennent ici un désir et une clinique engagés au plus près du cas, dans une pratique chaque fois cousue main.

 

La rubrique Échos de l’acf-vlb / Connexions est une autre manière de présenter une psychanalyse ouverte sur le monde, qui s’enseigne à partir de la singularité des artistes et de leur créativité.

 

Enfin, adressons quelques Clins d’œil en direction des Journées de l’ecf de 2016… avec l’objet regard au cœur du cinéma (Ariane Chottin), de la danse et des arts plastiques.

 

Isabelle Rialet-Meneux et Éric Taillandier